Tous les articles par mlamnini

Québec inc. : que valent les patrons?

« Que vaut le travail des hauts dirigeants des plus grandes entreprises du Québec inc. en Bourse? Plusieurs millions de dollars par année en salaires et en primes diverses, selon la «politique de rémunération de dirigeants» décidée et gérée par leur conseil d’administration respectif.

>>> Tableaux des salaires des patrons et dirigeants de Québec inc.

Pas si sûr, quand on examine les critères utilisés pour déterminer ces rémunérations, entend-on plutôt parmi les actionnaires activistes et les analystes en gouvernance d’entreprises.

Quant aux actionnaires de ces entreprises, en ont-ils pour leur argent par rapport à la performance de leurs dirigeants et aux résultats de leur plan d’affaires?

La réponse dépend évidemment des facteurs et du contexte d’affaires dans chaque entreprise, constatent des analystes d’expérience comme Yvan Allaire, premier président de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP).

«Les politiques de rémunération se sont améliorées au fil des ans en termes de divulgation et d’un meilleur alignement avec les performances de gestionnaire de ces dirigeants d’entreprise. Néanmoins, il y a encore des lacunes importantes à corriger, notamment en ce qui concerne le choix des critères de détermination», selon M. Allaire » …

Lire la suite

Le capital du professeur Piketty

Depuis la publication de la version anglaise de son livre, Capital in the 21st Century, M. Piketty est devenu la coqueluche de la gauche américaine.

Bien qu’il soit qualifié de néo‑marxiste par les pontes de la droite, M. Piketty est en fait un héritier de la Révolution française à laquelle il fait de nombreuses références toutes favorables. Dans un ouvrage abondant en ratiocinations, Piketty propose, avec une désinvolture séduisante, des violations en série des libertés fondamentales.

Même ceux, qui comme moi, sont mal à l’aise avec les actuelles inégalités de revenu et de richesse, particulièrement aux États-Unis, devraient sursauter d’effroi devant les remèdes qu’il met de l’avant.

Examinons quelques‑unes des politiques que M. Piketty propose de mettre en œuvre pour éradiquer les inégalités une fois pour toutes :

  • Faire passer les taux d’imposition marginaux à 80 %. [Traduction] « D’après nos estimations, le niveau optimal du taux d’imposition supérieur dans les pays développés serait supérieur à 80 %. ». Or, des économistes ont étudié le niveau optimal du taux d’imposition marginal au Canada. Par exemple, Veall (2012) écrit dans la Revue canadienne d’économique : [Traduction] « en ce qui concerne l’imposition, mon étude des recherches effectuées sur la réactivité fiscale au Canada m’amène à penser que, compte tenu de ce que nous savons à l’heure actuelle, il existe un risque que l’augmentation des [actuels] taux d’imposition marginaux supérieurs ne permette de mobiliser que de faibles recettes fiscales, voire aucunes. »
  • Imposer une taxe mondiale sur le capital. Il s’agit clairement de la « solution » préférée de M. Piketty et il salive à l’idée de pouvoir s’ingérer dans les affaires privées des citoyens pour y parvenir. L’application de cette taxe exigerait la collecte de [Traduction] « renseignements exhaustifs sur les actifs que possède un individu », de « renseignements qui devraient être fournis sous peine de sanctions prévues par la loi ». « Toute personne devrait déclarer ses immobilisations aux autorités financières mondiales afin qu’elle soit reconnue à titre de propriétaire légitime. Voilà ce que la Révolution française a accompli… » (caractère gras ajouté). Il faudrait qu’il y ait un partage à l’échelle internationale des renseignements financiers concernant tous les citoyens, des règles pour l’évaluation des actifs, des passifs et du patrimoine net… Le principe est plutôt simple : chaque administration fiscale nationale devrait recevoir tous les renseignements nécessaires pour lui permettre de calculer le patrimoine net de chacun de ses ressortissants.

Heureusement, ces prescriptions n’ont aucune chance d’être adoptées, pour des raisons à la fois politiques et pratiques. Il faut une certaine innocence en matières de finances pour ne pas percevoir la complexité et l’arbitraire de tenter d’attacher annuellement une valeur marchande à tous les types d’actifs (actions dans une société privée, maisons, appartements, terrain, automobiles, meubles, œuvres d’art, etc.).

Son livre s’attarde donc (longuement!) sur la description et l’historique du phénomène des inégalités de richesse mais ne propose aucun énoncé de politiques vraiment réalisables.

Pourtant, ce qui est plutôt étonnant c’est que le livre de M. Piketty, malgré ses lacunes, est accueilli comme le nouvel évangile des forces progressistes, un appel en faveur d’une action politique même de la part d’économistes et de commentateur modérés de centre gauche aux États‑Unis, ceux‑là mêmes qui devraient faire preuve de plus de discernement.

En fait, le livre a le grand défaut de traiter trop sommairement de phénomènes complexes. Autrement dit, M. Piketty a eu les yeux plus grands que la panse.

Prenons son « analyse » des inégalités considérablement accrues de revenu et de richesse dans les pays «anglo‑saxons» (soit les États‑Unis, le Royaume‑Uni, le Canada et l’Australie) par rapport aux pays européens. M. Piketty blâme principalement à cet égard les énormes augmentations de « salaires » versées aux dirigeants de sociétés cotées en bourse.

Selon M. Piketty, ce phénomène découle du fait que les dirigeants fixent essentiellement leur propre « salaire » et que, en raison de l’évolution des « normes sociales » et de « l’acceptabilité de la richesse » depuis l’ère Reagan et Thatcher, les dirigeants américains et britanniques peuvent se verser des rémunérations extraordinaires sans subir d’opprobre social.

Dans les faits, le salaire et les primes des dirigeants américains, en dollars indexés, n’ont pas augmenté substantiellement entre les années 1950 et les années 2000! (Frydman et Jenter, 2010)

Options d’achat d’actions

Les augmentations faramineuses de rémunération tiennent aux options sur le titre et autres formes de rémunération liées à la valeur du titre de la société. Or, dans son volumineux ouvrage, M. Piketty ne traite pas du phénomène et de son rôle dans l’inégalité de richesse. En fait, le terme « options d’achat d’actions » ne figure même pas dans l’index de son livre.

Dans un marché boursier qui carbure depuis une trentaine d’années au bénéfice par action, la rémunération fondée sur des options d’achat d’actions et des actions est devenue très attrayante : le produit de l’exercice de ces options et actions par les dirigeants est imposé au taux nettement inférieur applicable aux gains en capital. De plus jusqu’en 2004, ce type de rémunération n’entraînait aucun coût comptable pour la société. En réalité, les sociétés, américaines du moins, obtenaient un crédit d’impôt lorsque les options d’achat d’actions étaient effectivement exercées. Après 2004, une imputation aux résultats relativement modeste a été imposée.

L’attribution d’une rémunération liée aux actions aux dirigeants a débuté à petite échelle aux États-Unis au cours des années 1970 et a pris de l’ampleur dans les années 1980 pour représenter 26 % de la rémunération totale attribuée par les 50 principales sociétés américaines. Au cours des années 1990, ce pourcentage s’est établi à 47 % pour atteindre un sommet stupéfiant de 60 % au cours de la période allant de 2000 à 2005. (Frydman et Jenter, 2010)

Cette hausse était attribuable, entre autres, à des études universitaires réalisées dans les années 1980 censées montrer que les dirigeants recevaient un trop faible pourcentage de la hausse de la valeur boursière de leur société et étaient donc plus susceptibles d’entreprendre des projets «destructeurs de valeur» pour les actionnaires plutôt que de la maximiser.

Puis, au début des années 1990, ce sont des fonds d’investissement qui sont devenus, collectivement, les actionnaires majoritaires des sociétés; au départ, ces fonds appuyaient fortement cette rémunération sous forme d’options d’achat d’actions puisqu’elles semblaient lier la rémunération des dirigeants à la valeur des actions dans leur portefeuille, motivant ainsi les dirigeants d’entreprises à se préoccuper que de maximiser le prix du titre de la société.

Jusqu’aux années 1990, ce type de rémunération n’existait pratiquement pas en Europe (sauf au Royaume‑Uni). Même en 2008, le régime de rémunération des dirigeants européens était composé de seulement 19 % d’options d’achat d’actions et d’incitatifs liés aux actions. (Conyon et al., 2010)

Alors, puisque cette forme de rémunération par options établit un lien direct entre la rémunération des dirigeants américains et le rendement des marchés boursiers américains, il est facile de comprendre comment et pourquoi cette rémunération a fait un bond prodigieux au cours des derniers 30 ans.

Le graphique 1 qui suit montre qu’avant 1980, il n’y avait pas de corrélation entre la rémunération totale des dirigeants et les marchés boursiers. Puis, à compter des années 1980, c’est sans surprise que nous constatons qu’il existe une corrélation presque parfaite entre la rémunération totale des dirigeants américains et les marchés boursiers.

b5a19e31f2acfdd52b0ca0b7f238cc57

Compte tenu du rendement des marchés boursiers américains au cours des trente dernières années (la valeur des actions du S&P 500 a décuplé au cours de cette période), compte tenu du fait que la durée des options d’achat d’actions est habituellement de dix ans et que des actions et des options d’achat d’actions sont généralement, mais pas toujours, attribuées chaque année, la rémunération et la richesse des dirigeants américains ont fait en sorte que la plupart de ceux-ci se retrouvent dans le 1% et même le 0,1% des personnes les plus riches au cours de cette période de trente ans.

Fonds de couverture

L’évolution particulière du secteur financier américain (et britannique) a exacerbé la distribution inégale des richesses et a donné lieu à un niveau de concentration sans précédent de la richesse détenue par la tranche de 1 % des Américains les plus riches. Pourtant, ce fait important n’est même pas mentionné dans le livre de M. Piketty.

Ainsi, discrètement, à l’insu du grand public, est apparu un foisonnement de firmes spécialisées détenues par des intérêts privés réalisant des opérations financières, boursières et spéculatives de toute nature, créant une immense richesse pour leurs associés et gestionnaires.

Les fonds de couverture (qu’il serait plus approprié d’appeler des « fonds spéculatifs ») font partie de ces firmes spécialisées en grande partie occultes qui tiennent souvent un rôle principal, parfois un rôle de soutien, dans bon nombre de scandales financiers. Mettant en œuvre, avec l’argent des autres, des stratégies spéculatives, ils récoltent des honoraires de gestion habituels de 2 % ainsi que 20% des profits réalisés. Lorsque ces fonds de couverture font un pari réussi, ils gagnent le gros lot.

Une fois par an, le magazine Alpha collige les données sur les rémunérations gagnées par les 25 meilleurs parieurs. En 2014, selon ce magazine, ces 25 individus ont gagné collectivement 21,15 milliards de dollars, le butin allant de 300 millions de dollars à 3,5 milliards de dollars. Autrement dit, ces 25 « gestionnaires» ont gagné 3,5 fois la rémunération totale des 500 PDG des sociétés composant l’indice du S&P 500, ces mêmes PDG qui font l’objet de vives critiques pour l’extravagance de leur rémunération. Les fonds de couverture utilisent bien évidemment des structures organisationnelles ingénieuses et d’autres manœuvres fiscales pour que leur revenu soit assujetti à un très faible taux d’imposition.

Ceux qui sont d’avis que les inégalités de revenu et de richesse doivent être réduites et qu’elles sont, à leur niveau actuel aux États-Unis, un phénomène explosif sur le plan social, doivent proposer des politiques réalistes et efficaces.

La solution ne viendra certainement pas du professeur Piketty!

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

La Révolution française du professeur Piketty

Thomas Piketty est un économiste français et l’auteur du livre intitulé Le capital au XXIe siècle. Depuis la publication de la version anglaise de son livre, M. Piketty est devenu la coqueluche de la gauche américaine.

Bien qu’il soit qualifié de néo marxiste par les pontes de la droite, M. Piketty est en fait un Jacobin, un héritier de la Révolution française à laquelle il fait de nombreuses références toutes favorables. Dans un ouvrage abondant en ratiocinations, Piketty propose, avec une insouciance toute gauloise, des violations en série des libertés fondamentales.

Même ceux, qui comme moi, sont mal à l’aise avec les actuelles inégalités de revenu et de richesse particulièrement aux États-Unis, devraient sursauter d’effroi devant les remèdes qu’il met de l’avant.

Examinons quelques unes des politiques que M. Piketty propose de mettre en œuvre pour éradiquer les inégalités une fois pour toutes :

  • Faire passer les taux d’imposition marginaux à 80 %. [Traduction] « D’après nos estimations, le niveau optimal du taux d’imposition supérieur dans les pays développés serait supérieur à 80 %. ». Or, des économistes ont étudié le niveau optimal du taux d’imposition marginal au Canada. Par exemple, Veall (2012) écrit dans la Revue canadienne d’économique : [Traduction] « en ce qui concerne l’imposition, mon étude des recherches effectuées sur la réactivité fiscale au Canada m’amène à penser que, compte tenu de ce que nous savons à l’heure actuelle, il existe un risque que l’augmentation des [actuels] taux d’imposition marginaux supérieurs ne permette de mobiliser que de faibles recettes fiscales, voire aucunes. »
  • Imposer une taxe mondiale sur le capital. Il s’agit clairement de la « solution » préférée de M. Piketty et il salive à l’idée de pouvoir s’ingérer dans les affaires privées des citoyens pour y parvenir. L’application de cette taxe exigerait la collecte de [Traduction] « renseignements exhaustifs sur les actifs que possède un individu », de « renseignements qui devraient être fournis sous peine de sanctions prévues par la loi ». « Toute personne devrait déclarer ses immobilisations aux autorités financières mondiales afin qu’elle soit reconnue à titre de propriétaire légitime. Voilà ce que la Révolution française a accompli… » (caractère gras ajouté). Il faudrait qu’il y ait un partage à l’échelle internationale des renseignements financiers concernant tous les citoyens, des règles pour l’évaluation des actifs, des passifs et du patrimoine net… Le principe est plutôt simple : chaque administration fiscale nationale devrait recevoir tous les renseignements nécessaires pour lui permettre de calculer le patrimoine net de chacun de ses ressortissants.

Heureusement, ces prescriptions n’ont aucune chance d’être adoptées, pour des raisons à la fois politiques et pratiques. Il faut un économiste un peu déconnecté pour ne pas percevoir la complexité et l’arbitraire de tenter d’attacher annuellement une valeur marchande à tous les types d’actifs (actions dans une société privée, maisons, appartements, terrain, automobiles, meubles, œuvres d’art, etc.).

Son livre s’attarde donc (longuement!) sur la description et l’historique du phénomène des inégalités de richesse mais ne propose aucun énoncé de politiques vraiment réalisables.

Pourtant, ce qui est plutôt étonnant c’est que le livre de M. Piketty, malgré ses lacunes, est accueilli comme le nouvel évangile des forces progressistes, un appel en faveur d’une action politique même de la part d’économistes et de commentateur modérés de centre gauche aux États Unis, ceux là mêmes qui devraient faire preuve de plus de discernement.

En fait, le livre a le grand défaut de traiter trop sommairement de phénomènes complexes. Autrement dit, M. Piketty a eu les yeux plus grands que la panse.

Prenons son « analyse » des inégalités considérablement accrues de revenu et de richesse dans les pays «anglo saxons» (soit les États Unis, le Royaume Uni, le Canada et l’Australie) par rapport aux pays européens. M. Piketty blâme principalement à cet égard les énormes augmentations de « salaires » versées aux dirigeants de sociétés cotées en bourse.

Selon M. Piketty, ce phénomène découle du fait que les dirigeants fixent essentiellement leur propre « salaire » et que, en raison de l’évolution des « normes sociales » et de « l’acceptabilité de la richesse » depuis l’ère Reagan et Thatcher, les dirigeants américains et britanniques peuvent se verser des rémunérations extraordinaires sans subir d’opprobre social.

Dans les faits, le salaire et les primes des dirigeants américains, en dollars indexés, n’ont pas augmenté substantiellement entre les années 1950 et les années 2000! (Frydman et Jenter, 2010)

Options d’achat d’actions

Les augmentations faramineuses de rémunération tiennent aux options sur le titre et autres formes de rémunération liées à la valeur du titre de la société. Or, dans son volumineux ouvrage, M. Piketty ne traite pas du phénomène et de son rôle dans l’inégalité de richesse. En fait, le terme « options d’achat d’actions » ne figure même pas dans l’index de son livre.

Dans un marché boursier qui carbure depuis une trentaine d’années au bénéfice par action, la rémunération fondée sur des options d’achat d’actions et des actions est devenue très attrayante : le produit de l’exercice de ces options et actions par les dirigeants est imposé au taux nettement inférieur applicable aux gains en capital. De plus jusqu’en 2004, ce type de rémunération n’entraînait aucun coût comptable pour la société. En réalité, les sociétés, américaines du moins, obtenaient un crédit d’impôt lorsque les options d’achat d’actions étaient effectivement exercées. Après 2004, une imputation aux résultats relativement modeste a été imposée.

L’attribution d’une rémunération liée aux actions aux dirigeants a débuté à petite échelle aux États-Unis au cours des années 1970 et a pris de l’ampleur dans les années 1980 pour représenter 26 % de la rémunération totale attribuée par les 50 principales sociétés américaines. Au cours des années 1990, ce pourcentage s’est établi à 47 % pour atteindre un sommet stupéfiant de 60 % au cours de la période allant de 2000 à 2005. (Frydman et Jenter, 2010)

Cette hausse était attribuable, entre autres, à des études universitaires réalisées dans les années 1980 censées montrer que les dirigeants recevaient un trop faible pourcentage de la hausse de la valeur boursière de leur société et étaient donc plus susceptibles d’entreprendre des projets «destructeurs de valeur» pour les actionnaires plutôt que de la maximiser.

Puis, au début des années 1990, ce sont des fonds d’investissement qui sont devenus, collectivement, les actionnaires majoritaires des sociétés; au départ, ces fonds appuyaient fortement cette rémunération sous forme d’options d’achat d’actions puisqu’elles semblaient lier la rémunération des dirigeants à la valeur des actions dans leur portefeuille, motivant ainsi les dirigeants d’entreprises à se préoccuper que de maximiser le prix du titre de la société.

Jusqu’aux années 1990, ce type de rémunération n’existait pratiquement pas en Europe (sauf au Royaume Uni). Même en 2008, le régime de rémunération des dirigeants européens était composé de seulement 19 % d’options d’achat d’actions et d’incitatifs liés aux actions. (Conyon et al., 2010)

Alors, puisque cette forme de rémunération par options établit un lien direct entre la rémunération des dirigeants américains et le rendement des marchés boursiers américains, il est facile de comprendre comment et pourquoi cette rémunération a fait un bond prodigieux au cours des derniers 30 ans.

Le graphique 1 qui suit montre qu’avant 1980, il n’y avait pas de corrélation entre la rémunération totale des dirigeants et les marchés boursiers. Puis, à compter des années 1980, c’est sans surprise que nous constatons qu’il existe une corrélation presque parfaite entre la rémunération totale des dirigeants américains et les marchés boursiers.

b5a19e31f2acfdd52b0ca0b7f238cc57

Compte tenu du rendement des marchés boursiers américains au cours des trente dernières années (la valeur des actions du S&P 500 a décuplé au cours de cette période), compte tenu du fait que la durée des options d’achat d’actions est habituellement de dix ans et que des actions et des options d’achat d’actions sont généralement, mais pas toujours, attribuées chaque année, la rémunération et la richesse des dirigeants américains ont fait en sorte que la plupart de ceux-ci se retrouvent dans le 1% et même le 0,1% des personnes les plus riches au cours de cette période de trente ans.

Fonds de couverture

L’évolution particulière du secteur financier américain (et britannique) a exacerbé la distribution inégale des richesses et a donné lieu à un niveau de concentration sans précédent de la richesse détenue par la tranche de 1 % des Américains les plus riches. Pourtant, ce fait important n’est même pas mentionné dans le livre de M. Piketty.

Ainsi, discrètement, à l’insu du grand public, est apparu un foisonnement de firmes spécialisées détenues par des intérêts privés réalisant des opérations financières, boursières et spéculatives de toute nature, créant une immense richesse pour leurs associés et gestionnaires.

Les fonds de couverture (qu’il serait plus approprié d’appeler des « fonds spéculatifs ») font partie de ces firmes spécialisées en grande partie occultes qui tiennent souvent un rôle principal, parfois un rôle de soutien, dans bon nombre de scandales financiers. Mettant en œuvre, avec l’argent des autres, des stratégies spéculatives, ils récoltent des honoraires de gestion habituels de 2 % ainsi que 20% des profits réalisés. Lorsque ces fonds de couverture font un pari réussi, ils gagnent le gros lot.

Une fois par an, le magazine Alpha collige les données sur les rémunérations gagnées par les 25 meilleurs parieurs. En 2014, selon ce magazine, ces 25 individus ont gagné collectivement 21,15 milliards de dollars, le butin allant de 300 millions de dollars à 3,5 milliards de dollars. Autrement dit, ces 25 « gestionnaires» ont gagné 3,5 fois la rémunération totale des 500 PDG des sociétés composant l’indice du S&P 500, ces mêmes PDG qui font l’objet de vives critiques pour l’extravagance de leur rémunération. Les fonds de couverture utilisent bien évidemment des structures organisationnelles ingénieuses et d’autres manœuvres fiscales pour que leur revenu soit assujetti à un très faible taux d’imposition.

Ceux qui sont d’avis que les inégalités de revenu et de richesse doivent être réduites et qu’elles sont, à leur niveau actuel aux États-Unis, un phénomène explosif sur le plan social, doivent proposer des politiques réalistes et efficaces.

La solution ne viendra certainement pas du professeur Piketty!

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

Loi canadienne sur les sociétés par actions

Industrie Canada a lancé une consultation publique (la « consultation ») sur la Loi canadienne sur les sociétés par actions (la « LCSA ») en publiant un document d’information (le « document d’information ») dans lequel on demande des commentaires sur l’éventail complet des questions touchant la gouvernance des sociétés visées par la LCSA, y compris les questions indiquées et dans le document de travail suivant: http://www.ic.gc.ca/eic/site/cilp-pdci.nsf/fra/h_cl00867.html

L’Institut sur la gouvernance (IGOPP) a soumis ses commentaires à Industrie Canada en réponse au document de consultation concernant la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA).

Voici certaines des questions visées par la consultation :

  1. les règles concernant la divulgation de la rémunération des cadres;
  2. les règles applicables aux droits de vote et aux droits de participation des actionnaires;
  3. les règles concernant la détention et le transfert d’actions et les transactions d’initiés;
  4. les règles s’appliquant à la constitution en société d’entreprises socialement responsables.

Cette consultation a été lancée par Industrie Canada le 11 décembre 2013, dans le but de faire en sorte que le cadre de gouvernance des sociétés assujetties à la LCSA demeure efficace, stimule la compétitivité, soutienne l’investissement et l’activité entrepreneuriale, en plus d’inspirer confiance aux investisseurs et aux entreprises.

Les prises de position de l’IGOPP sur le vote consultatif sur la rémunération de dirigeants (Say on on Pay), sur la diversité au sein du conseil peuvent être consultées à l’adresse suivante : http://bit.ly/1h57HeF

Consultation publique sur la Loi canadienne sur les sociétés par actions

Industrie Canada a lancé une consultation publique (la « consultation ») sur la Loi canadienne sur les sociétés par actions (la « LCSA ») en publiant un document d’information (le « document d’information ») dans lequel on demande des commentaires sur l’éventail complet des questions touchant la gouvernance des sociétés visées par la LCSA, y compris les questions indiquées et dans le document de travail suivant : http://www.ic.gc.ca/eic/site/cilp-p…

L’Institut sur la gouvernance (IGOPP) a soumis ses commentaires à Industrie Canada en réponse au document de consultation concernant la Loi canadienne sur les sociétés par actions (LCSA).

Voici certaines des questions visées par la consultation :

  • les règles concernant la divulgation de la rémunération des cadres ;
  • les règles applicables aux droits de vote et aux droits de participation des actionnaires ;
  • les règles concernant la détention et le transfert d’actions et les transactions d’initiés ;
  • les règles s’appliquant à la constitution en société d’entreprises socialement responsables.

Cette consultation a été lancée par Industrie Canada le 11 décembre 2013, dans le but de faire en sorte que le cadre de gouvernance des sociétés assujetties à la LCSA demeure efficace, stimule la compétitivité, soutienne l’investissement et l’activité entrepreneuriale, en plus d’inspirer confiance aux investisseurs et aux entreprises.

« Should shareholders rule? Yes, it’s the law »

« Yvan Allaire’s recommendation would have securities regulators abdicate their statutory responsibilities.

Despite having declared elsewhere that governance by directors of public corporations is “a fiduciary façade for shareholders … largely a mirage” (The limits of “good” governance: Confession of the former chairman of SNC-Lavalin, 2013), Mr. Allaire repeats his earlier argument, suggesting that securities regulators should defer to the Supreme Court of Canada’s interpretation of the Canada Business Corporations Act (CBCA) and leave decisions concerning takeover bids to target directors. But he does not address the fact that the current regulatory treatment of poison pills implements our takeover bid legislation. »

The Supreme Court does not administer this legislation; securities commissions are mandated to do so. In fulfilling this responsibility, they are not “placing themselves above the Supreme Court” in interpreting the CBCA. They are applying securities legislation, in this case in the manner contemplated by the Parliament of Canada when, in 2001, it repealed the CBCA’s takeover bid provisions to leave takeover bid regulation,including the then well-established regulation of poison pills, to provincial securities regulators » … Lire la suite

 

« Should shareholders rule? No, let boards decide »

« Boards of directors have the best record at extracting good deals for their shareholders.

In an opinion piece published in the Financial Post on May 6, (Shareholders should decide takeovers), Mr. Philip Anisman responds to my piece published in the Financial Post of April 30 (Canada needs a new takeover regime).

Mr. Anisman recycles the key arguments of “market discipline” and boards having to dedicate themselves to the singular goal of “maximizing shareholder value” when assessing an unsolicited offer to buy the company.

Of course, he has to acknowledge that “the fiduciary standard adopted by the Supreme Court of Canada in its BCE decision… would permit directors to just say ‘no’ to a takeover bid and would limit the unique market discipline provided by takeover bids. Whatever the merits of this position under corporate law, it does not govern the takeover bid provisions in the securities laws administered by our securities regulators.”

But that is my very point. Shouldn’t the provincial securities regulators adopt a regime for takeovers which is consistent with Supreme Court decisions? Is it appropriate for securities regulators to place themselves above the Supreme Court as interpreter of the Canadian Business Corporation Act? Is it not possible that the long-term interest of the company, not “maximizing shareholder value”, may call for the rejection of a particular hostile bid?

Why have many U.S. states adopted anti-takeover laws? Why should Canada, with a more vulnerable economy and a smaller industrial base, be more open than the U.S. to the vagaries of unchecked takeover games?

Carol Liao, having interviewed 31 Canadian legal practitioners, reports that, in their view, “directors are in the best position to unlock share value, as it is their fiduciary duty in the best interests of the corporation, but directors are being denied the proper tools to do so” (“A Canadian Model of Corporate Governance: Insights from Canada’s Leading Legal Practitioners”, Carol Liao, 2013).

Mr. Anisman refers to one study purporting to show the discounting effect of “poison pills” on share value. Well, in this area, academia is very uncertain as studies contradict each other and results are contingent on methodology, time frame, samples, etc.

But a comparison of two decades of M&A activity in the U.S., the 1980s – a period of unbridled takeovers – and the 1990s – a period subsequent to the adoption by some 30 states of laws granting boards more power in dealing with hostile takeovers – provides interesting data, as seen in the table nearby.

It would appear that the changes in U.S. state laws have indeed led to far fewer hostile takeovers; but the rate of successful takeovers actually increased and shareholders received a substantially better offer for their shares. Boards of directors with enhanced powers have extracted much better deals for their shareholders.

Mr. Anisman argues that hedge funds and arbitrage funds must have bought their shares from other shareholders and therefore one may conclude that these shareholders “can be viewed as supporting the bid.”

But there are other, plausible, reasons in the Canadian state of the investment and takeover market for this phenomenon to occur.

The current shareholders at the time the bid is made public know that, given Canadian regulations, there is a high probability that the takeover bid will be successful and that their individual interest is to sell at the price approximating the bid price even if they believe that it is not in the long-term interest of the company. (In fact more than 85% of hostile bids are successful in Canada.)

So, elementary financial calculus and their own fiduciary responsibility would incite an investment fund (mutual fund, pension fund, etc.) to sell its shares at the going price soon after the takeover offer; if the takeover bid were to fail (or be blocked by governmental bodies), the fund could buy back the stock at the pre-bid price and yet post a nice return boosting its yearly performance.

For the arbitrage funds and like-minded “investors”, the calculus is far different. It is remarkable that one would leave the fate of a company in their hands when the whole point of their actions is to support a quick completion of the takeover at the best price. That’s how they make their money!

Indeed, Canada needs a new takeover regime! »

Serge Godin et Alain Bouchard : grands bâtisseurs

Ce vendredi 9 mai, comme il le fait à tous les deux ans, l’IGOPP rendait hommage, à des bâtisseurs de l’économie québécoise. Le texte qui suit servit à présenter les deux lauréats de cette année.

C’est une grande joie biannuelle pour notre Institut de reconnaitre la réussite d’entreprises du Québec et le succès de dirigeants/entrepreneurs qui ont en façonné le destin.

Nous nous sommes donné quelques critères pour le choix des entreprises lauréates :

  • L’entreprise doit avoir du vécu; elle doit mener son activité depuis au moins 30 ans;
  • Son envergure doit dépasser largement le Québec et le Canada tout en conservant son centre décisionnel au Québec;
  • Un dirigeant doit être fortement, nommément, associé à la création et la croissance de l’entreprise;
  • L’entreprise doit être dotée d’une forme de propriété qui en assure la pérennité, qui la met à l’abri des prises de contrôle non souhaitées, soit, parce que l’entreprise est demeurée privée, soit, parce que coopérative, soit, que, même si inscrite en bourse, le contrôle de l’entreprise demeure aux mains des fondateurs et leurs familles, directement ou par des actions à vote multiple.

L’IGOPP a pris position et défend envers et contre tous ce type de contrôle par actions à vote multiple lequel s’avère une forme supérieure d’actionnariat dans le contexte financier contemporain; bien sûr, cette structure de capital comporte une haute obligation de respect pour les actionnaires minoritaires. Je crois avec l’évangéliste St-Jean que «Le mercenaire, qui n’est pas le berger et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit». Jean 10 :12

Nous sommes choyés ce soir; Alimentation Couche-Tard et Alain Bouchard, Groupe CGI et Serge Godin satisfont de façon spectaculaire à tous ces critères.

Fondées il y a 34 et 38 ans respectivement par des entrepreneurs faisant équipe, ces deux entreprises ont franchi depuis belle lurette les frontières du Québec et du Canada mais elles ont toutes deux fait un bond de géant outre-Atlantique au cours des deux dernières années, en fait à un mois près l’une de l’autre.

En effet, Couche-Tard annonçait le 18 avril 2012 une offre de quelque $2,8 milliards pour l’achat de Statoil Fuel and Retail; le 31 mai 2012 CGI annonçait une offre de…$2,8 milliards pour acheter la société européenne Logica. Cette soirée est tellement bien planifiée qu’elle a lieu pile à mi-chemin entre ces deux dates et nous donne une occasion de saluer l’audace et la vision que manifestent ces deux acquisitions!

Mais c’est justement ce qui décrit le mieux Alain Bouchard et Serge Godin : audace et vision mais aussi ténacité et résilience. Les deux entreprises lauréates sont différentes à maints égards mais elles partagent aussi certaines similitudes :

  • Toutes deux doivent jouter dans des industries difficiles, hautement concurrentielles, des industries où la réussite se fonde sur une double obsession : la qualité du service et le contrôle des coûts. Ce sont des industries qui demandent du leadership, de la compétence de gestion et une haute qualité de ressources humaines.
  • Toutes deux œuvrent dans des industries où la partie n’est jamais gagnée, où l’on ne peut jamais s’asseoir sur ses lauriers;
  • Toutes deux doivent porter une grande attention aux détails; Paul Valéry a écrit : «Qui veut faire de grandes choses, doit penser profondément aux détails»; c’est certainement vrai pour CGI et Alimentation Couche-Tard;
  • Toutes deux étant cotées en Bourse en connaissent les humeurs et les aléas, les bons et les mauvais côtés; avec une forme de propriété comportant des actions à vote multiple, les deux entreprises ont dû affronter le scepticisme, la grogne, l’incompréhension que suscite cette forme de propriété en certains milieux.

Mais imaginons ensemble la folie du rêve de nos deux lauréats. Retournons aux années 70. Faisons l’hypothèse farfelue qu’Alain Bouchard me consulte, moi qui suis à l’époque professeur de stratégie et co-fondateur en 1975 de la firme Sécor, société conseil en stratégie. Il me confie son rêve et son intention de créer une «multinationale de dépanneurs», une société qui, un jour, pourrait atteindre une valeur marchande de quelque $18 milliards. «Hum, me dis-je intérieurement, un autre illuminé qui n’a pas de connaissances élémentaires en économique et en stratégie; comment puis-je gentiment, sans trop le brusquer, ces gens-là sont parfois dangereux, lui faire comprendre que ce projet n’a pas de sens». «M. Bouchard, les lois de l’économique sont incontournables; le dépannage, c’est l’affaire de petits commerces de quartier, de petites chaînes; regardez autour de vous, il n’y a pas de grandes chaînes de dépanneurs parce qu’il n’y a pas ou peu d’économies d’échelle, pas d’économie d’envergure. Mon cher M. Bouchard,je vous conseille d’oublier cela».

Fort heureusement, il ne m’a pas consulté.

Puis arrive un deuxième client hypothétique, Serge Godin. Lui rêve de créer une grande société de conseil informatique œuvrant partout ou presque au monde. «Tu rêves en couleurs, Serge, lui dis-je, c’est un secteur que je connais le conseil; on vient de créer notre propre société de conseil. Il faut une marque reconnue pour gagner des contrats ailleurs qu’au Québec; tout ce business dépend des hommes et des femmes qui travaillent pour l’entreprise; c’est le cas typique où les actifs de la société prennent l’ascenseur tous les soirs et parfois ne rentrent pas le lendemain matin. Sois raisonnable, Serge; fais un bon travail au Québec; bâtis une entreprise à la mesure du marché québécois»

Serge, non plus, ne m’a pas consulté; bien lui en prit. Mais cette analyse rationnelle, technique, aurait été juste et impeccable à l’époque; ce qu’elle omettait, ce qu’elle ne pouvait prendre en compte, c’est justement ce qui fait les grands entrepreneurs : une confiance inébranlable en leur projet, une détermination implacable de les réaliser.

J’ai écrit à quelque part «Pour devenir entrepreneur, il faut manquer de jugement; pour réussir comme entrepreneur, il faut beaucoup de jugement». Par « manquer de jugement », je faisais référence à cette vision qui ne se laisse pas décourager par le «bon jugement» des analystes et des esprits raisonnables.

Ce soir, nous célébrons deux hommes qui ont vu ce que d’autres n’ont pas vu. Paraphrasant une belle phrase de George Bernard Shaw: «Most people see things as they are and ask Why? A few see things that are not and ask Why not?»

Serge Godin et Alain Bouchard ont dit: « Why not », « Pourquoi pas CGI ? », « Pourquoi pas Alimentation Couche-Tard? »

Merci

Le scandale annuel

La revue Alpha vient de publier sa liste annuelle des gestionnaires de «hedge funds» ayant récolté le plus d’argent pour leurs services. Pour trouver une place sur cette liste, un gestionnaire devait montrer une rémunération de $300 millions. Le grand gagnant a affiché une paye de 3,5 milliards.

Collectivement, ces 25 «gestionnaires» ont reçu $21,15 milliards. S’ils formaient un pays, leur Produit Intérieur Brut (PIB) le classerait au 104ième rang parmi les 190 pays recensés par la Banque mondiale, avant la Zambie (population : 14 millions), l’Ouganda (pop : 34 millions), Madagascar (pop. 21 millions), Népal (pop. 26 millions), l’Afghanistan (pop. 31 millions), etc., etc.

Puis, ces 25 hommes ont gagné 3,5 fois la rémunération totale des PDG des 500 plus grandes entreprises américaines, ces mêmes PDG que l’on estime trop payés.

Qu’ont fait et accompli ces 25 «gestionnaires» pour se mériter une telle rémunération en espèces sonnantes? Ont-ils inventé un nouveau produit, un nouveau médicament contre de graves maladies? Ont-ils créé des milliers d’emplois? Doivent-ils gérer une grande entreprise avec toute sa complexité. Rien de tout cela bien sûr. Ces « hedge funds » sont des toutes petites sociétés structurées de façon à payer un minimum d‘impôts.

Comment font-ils autant d’argent? En pariant avec l’argent des autres, l’argent de riches investisseurs, de caisses de retraite, de fonds de toute nature. Ces investisseurs acceptent de leur payer 2% de frais de gestion plus 20% (ou plus) des profits réalisés par ces gestionnaires.

Avec une telle structure de rémunération, il n’est guère surprenant de retrouver ces « hedge funds » au cœur de presque toutes les opérations douteuses, des délits d’initiés aux spéculations de toute nature. Si leurs paris tournent bien, ils encaissent; s’ils tournent mal, alors c’est le problème des investisseurs. Une chose est sure, ces « gestionnaires » ne rembourseront pas les sommes reçues lorsque leurs paris s’avéraient heureux.

Un jour, des historiens et de nouvelles générations de citoyens se demanderont, perplexes, comment nous avons pu accepter de telles aberrations et tolérer un système financier aussi dénaturé.

Puisque les caisses de retraite publiques tombent sous la juridiction des gouvernements, ceux-ci pourraient faire œuvre utile en interdisant à ces caisses de retraite l’embauche de gestionnaires de fonds exigeant plus de 3% de frais de gestion, tout compris, fermant ainsi un des robinets qui abreuvent les « hedge funds ».

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

« Boards should decide takeovers »

« In an opinion piece published in the Financial Post on May 6th, (Shareholders should decide takeovers), Mr. Philip Anisman responds to my piece published in the Financial Post of April 30th (Canada needs a new takeover regime).

Mr. Anisman recycles the key arguments of “market discipline” and boards having to dedicate themselves to the singular goal of “maximizing shareholder value” when assessing an unsolicited offer to buy the company.

Of course, he has to acknowledge that “the fiduciary standard adopted by the Supreme Court of Canada in its BCE decision would enable such directors’ decisions [i.e. preventing a takeover bid]. By encompassing the interests of all stakeholders within directors’ fiduciary duties, the Supreme Court has, in effect, adopted the substance of many U.S. state anti-takeover laws, allowing directors to determine whether the interests of stakeholders other than shareholders should prevail in any given case. Like Mr. Allaire, the BCE decision would permit directors to just say “no” to a takeover bid and would limit the unique market discipline provided by takeover bids. Whatever the merits of this position under corporate law, it does not govern the takeover bid provisions in the securities laws administered by our securities regulators.

But that is my very point. Shouldn’t the provincial securities regulators adopt a regime for takeovers which is consistent with Supreme Court decisions? Is it appropriate for securities regulators to place themselves above the Supreme Court? Is it not possible that the long-term interest of the company, not “maximizing shareholder value”, calls for the rejection of a particular hostile bid?  […] » Lire la suite

Le bal des assemblées annuelles

« Avant de se rendre à une assemblée des actionnaires, les journalistes se demandent souvent s’ils ne s’apprêtent pas à perdre deux heures de leur temps. Après tout, il est assez rare qu’on y apprenne grand-chose de nouveau. Est-ce à dire que les investisseurs n’ont pas intérêt à y assister?

Dans une assemblée annuelle, tout est réglé au quart de tour, et les rares faux pas détonnent. Les discours du président du conseil d’administration et des dirigeants sont écrits à l’avance. Chacun salue les bons coups de l’année précédente et assure que l’entreprise saura trouver les moyens, tôt ou tard, de surmonter les défis.

Certes, il y a des élections pour les administrateurs et les vérificateurs comptables, mais il n’y a aucun suspense: les grands actionnaires ont tous voté par voie électronique avant l’assemblée. Chacun est presque toujours élu avec plus de 95% des voix. De toute façon, il n’y a qu’un seul candidat en lice pour chaque poste disponible.

«C’est plus un rituel d’un autre âge qu’une véritable démocratie en action», estime Yvan Allaire, président du conseil de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques.

Le seul moment de tension est la période des questions, où il y a toujours le risque que des actionnaires posent des questions délicates, comme l’ont fait des militants pro-Tibet chez Bombardier, il y a quelques années. Chez Transat, plusieurs actionnaires aiment interroger le volubile PDG, Jean-Marc Eustache, sur les tendances de l’industrie. Mais souvent, personne ne se pointe au micro »…

Lire la suite

Mauvais temps pour brader

[ … ]

« D’un point de vue strictement comptable ou financier, la privatisation partielle d’Hydro-Québec et celle de la SAQ trouvent difficilement une justification. Si l’on retient la proposition d’une privatisation partielle équivalant à 10 % du capital pour éviter d’autres contraintes fiscales, l’actif vendu ne viendra réduire que marginalement la dette publique que l’État finance sur les marchés à un taux historiquement bas de moins de 4 %, en moyenne. Dans la colonne des revenus, le gouvernement se priverait d’un dividende annuel aussi important que régulier. L’an dernier, le dividende d’Hydro a été de 2,2 milliards et celui de la SAQ, de quelque 1 milliard. Si l’on y applique le pourcentage, on parle d’un dividende atteignant 320 millions, appelé à croître au fil des ans, qui serait refilé à une autre partie prenante, probablement en franchise d’impôt.

Certains analystes ont tenté d’accoler une valeur marchande à Hydro et à la SAQ. Yvan Allaire, président exécutif de l’Institut sur la gouvernance des organisations publiques et privées, a estimé la valeur marchande de l’avoir des actionnaires d’Hydro à 30 milliards et celle de la SAQ, à 20 milliards. En vendant 10 %, le gouvernement obtiendrait 5 milliards. Il perdrait ainsi un rendement de 6,5 % pour sauver un taux d’intérêt de moins de 4 %. Pourquoi brader un actif de qualité, dans une conjoncture défavorable à une telle vente, alors que le Québec jouit (encore) d’une bonne cote et qu’il peut emprunter à moindre coût ? »

Lire la suite

Combien valent nos sociétés d’État?

[ … ]

« Yvan Allaire, le président exécutif de l’Institut sur la gouvernance des organisations privées et publiques (IGOPP), a réalisé une analyse pour son blogue du site lesaffaires.com. Il estime pour sa part qu’Hydro-Québec vaut 30 milliards $, au net.

Pour fixer ce prix, M. Allaire a comparé Hydro à des sociétés américaines transigées en Bourse. Comme la valeur de ces compagnies représentait neuf fois leurs bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements, il a appliqué la règle à la société d’État. Résultat. Hydro vaut 75 milliards $ avant la soustraction de ses dettes de 44 milliards $. Vendre 10 % de la compagnie rapporterait donc environ 3 milliards $ aux Québécois.

Pour ce qui est de la SAQ, M. Allaire chiffre sa valeur à 20 milliards $, tenant compte qu’il s’agit d’un monopole et qu’elle enregistre des profits d’environ 1 milliard $ par an. L’État toucherait donc 2 milliards $ en cédant 10 % » …

Lire la suite

« Counterpoint: Canada needs a new regime for hostile takeovers »

« In this era of speed trading and hedge funds, securities commissions need to adapt to protect  long-term shareholders.

« Ideology can be blinding, even apparently when one’s secular faith involves the simple creed that those who own stocks are presumptively selfless while those who manage corporations are presumptively selfish and untrustworthy.

Leo Strine, Chief Justice of the Delaware Supreme Court, Columbia Law Review, 2014.

First, let’s be clear. The issue of boards’ duties and responsibilities in matters of unsolicited takeover offers is not a Quebec issue but a Canadian one.

Whether Valeant, a nominally Quebec-based corporation, succeeds in its efforts to take over Allergan should rest with the Allergan’s board and its assessment of the long-run interests of the company. Some seem to think that this Delaware approach to takeovers gives total, unchecked, authority to the board; but it is not a free lunch. The would-be buyer may call upon the courts to determine if indeed the board of the target company is acting in the best interest of shareholders.

Already back in 2007, the federal government in response to public outcry at the takeovers in short succession of Alcan, Falconbridge, Inco and others, set up the Competition Review Panel. In its report, the Panel recognized the untenable position of securities commissions and recommended that:

  • “Securities commissions should repeal National Policy 62-202 (The policy that stripped boards of directors of all authority in takeover situations).
  • Securities commissions should cease to regulate conduct by boards in relation to shareholder rights plans (“poison pills”).
  • Substantive oversight of directors’ duties in mergers and acquisitions matters should be provided by the courts.
  • The Ontario Securities Commission should provide leadership to the Canadian Securities Administrators in making the above changes, and initiate action if collective action is not taken before the end of 2008.”

In the U.S., boards of directors with enhanced powers have extracted much better deals for their shareholders. But not in Canada.

Take the case of Osisko. But for intricate financial gymnastics (involving the Caisse and CPPIB) that managed to stall the process and give the board enough time to arrange a better offer, Osisko would have been sold to Goldcorp for roughly $1 billion less than will ultimately be received by shareholders.

Take the recent case of Inmet Mining Corp. and First Quantum Minerals. Inmet’s board was dead set against a takeover by First Quantum. The latter made a bid; no other bidder has shown up. Despite the board’s opposition, Quantum simply put its offer to the shareholders. As enough of them handed in their shares the deal has been consummated. Under Canadian regulations, the board of Inmet had no other recourse; they believed that it was not in the long-term interest of Inmet to be acquired by Quantum at the offered price but were powerless to act. That does not make any sense.

How can anyone defend this dysfunctional regime? How can one pretend that this system is best for stable, long-term shareholders?

In a world of financial derivatives, speed trading, arbitrageurs, momentum players, hedge funds of all sorts, as soon as a takeover offer is made public, the shareholder base of the target company is swiftly and radically transformed. To consider these newcomers as the sole “deciders” of company’s fate, needing the benevolent protection of securities commissions against malevolent, conflicted management, seems like an imaginative scenario of times past.

Indeed, the funds of the hedge, mutual, institutional or arbitrage sorts are merely money managers for the real owners, their investors or future pension beneficiaries; but are these owners ever consulted in the matter?

Although many in Canada are not aware of the fact, Canadian corporate governance already complies with what the activist investors are fighting for in the United States; elimination of staggered boards and separation of power between the chair of the board and the CEO, both governance principles which make it easier to carry out a hostile takeover; combined with the widespread practice of majority voting for board members, these features of Canadian corporate governance provide shareholders with the means and tools to punish an errant board.

Finally, the quaint notion that management is, ipso facto, against the takeover of their company because of inherent conflicts of interest must be updated; because of the changes in compensation system for executives and board members, the concern has become that management and boards may be too receptive to a takeover offer that may not be in the long-term interest of the corporation and its stakeholders. The potential conflict of interest has switched side. Securities commissions should be alert to that phenomenon and assess measures to limit this sort of conflict of interest.

But, the Canadian securities commissions, with the OSC taking a leading role, should modernize a regime that has become disconnected from the current realities of financial markets and harmful to long-term shareholders as well as to Canadian society ».

Internationaliser nos sociétés d’État ?

« Les professeurs Luc Godbout et Claude Montmarquette ont évoqué, la semaine dernière, une idée audacieuse : privatiser 10 % d’Hydro-Québec et de la Société des alcools du Québec (SAQ), en dernier recours pour renflouer les coffres de l’État.

Sur le fond, je ne vois pas beaucoup de raisons en faveur du contrôle, par l’État, d’un réseau de commerce au détail. Il y a des raisons historiques et sociales qui ont conduit à la création et à la mise sur pied de la SAQ, mais le seul argument qui tienne encore la route, selon moi, c’est que c’est payant et que l’État a besoin d’argent.

Hydro-Québec est un puissant symbole depuis sa création, en 1944, par Adélard Godbout. C’est une immense vache à lait, et, on l’a bien vu, elle est aussi utilisée comme un outil de développement économique.

Un débat sur la nationalisation totale de ces deux sociétés serait passionnel et saperait toutes les énergies du nouveau gouvernement. Il faut choisir ses priorités, et je pense que l’assainissement des finances publiques est, en soi, un immense projet.

Pourrait-on néanmoins envisager la vente d’une petite portion de 10 % de ces sociétés ? N’aurait-on pas les avantages de l’ouverture au capital (discipline, plus grand souci de la performance aux dépens des commandes politiques, etc.) tout en encaissant quelques milliards ?

Yvan Allaire estime que de telles transactions ne seraient pas si payantes et priveraient l’État d’une partie de ses dividendes annuels. Si je résume à ma manière : la perte de revenus de dividendes serait plus élevée que les paiements d’intérêts épargnés par la vente de 10 % du capital. »…

Lire la suite

Les agences aimeraient-elles vraiment la privatisation d’Hydro?

« Faut-il privatiser en partie Hydro-Québec?

La discussion a cours depuis quelques jours, à la suite du rapport des experts Luc Godbout et Claude Montmarquette sur l’état des finances publiques.

Messieurs Godbout et Montmarquette ne disent pas qu’il faut absolument privatiser Hydro-Québec et la Société des alcools, mais avancent la possibilité de vendre une participation de 10% de chacune des entreprises au public, si jamais les choses se compliquaient.

On croyait personnellement que le gouvernement s’empresserait de mettre de côté cette avenue, mais Carlos Leitao nous a un peu surpris la semaine dernière en déclarant que la recommandation ne serait pas examinée pour le prochain budget, mais le serait au suivant.

Faut-il donc ou non, privatiser Hydro et la SAQ?

Les experts Yvan Allaire et Philippe Leblanc ont pris position sur Les Affaires cette semaine. L’un est contre, l’autre plutôt pour.

La réflexion financière de monsieur Allaire est particulièrement intéressante. Il établit la valeur des actions d’Hydro à 30 G$ et la valeur des actions de la SAQ à 20 G$ (à quelques nuances près) » …

Lire la suite