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Lancement du livre: La vertu du juste milieu : gouvernance et gouvernement

L’Institut sur la gouvernance (IGOPP) lance le livre « La vertu du juste milieu : gouvernance et gouvernement » dont les co-auteurs sont les professeurs Yvan Allaire et Miheala Firsirotu respectivement président exécutif du conseil d’administration de l’Institut sur la gouvernance (IGOPP) et professeur de stratégie à l’École des sciences et de la gestion – ESG UQAM.

Cet ouvrage rassemble un certain nombre d’articles chroniques et commentaires, parfois polémiques, écrits à chaud au fur et à mesure des événements. Pris dans leur ensemble, ces textes cherchent à susciter le débat, à stimuler une saine confrontation des idées et esquissent une vision, une conception du rôle de la gouvernance dans les organisations privées et publiques.

Qu’ils traitent de redevances minières, de rémunération des dirigeants, de « bonne gouvernance » dans le secteur public ou privé, de prises de contrôle des sociétés cotées en bourse, de réglementation des marchés financiers, de Davos, des mérites respectifs du marché et de l’État, de la présence des femmes aux conseils d’administration, les textes cherchent constamment à offrir une opinion mesurée, sensible à celle des autres, à formuler des propositions de politiques respectueuses des droits des parties en cause, toujours préoccupés des effets pervers et inattendus des bonnes intentions.

Le livre est disponible sur Amazon.ca et chez tous les libraires.

La faillite de Lehman Brothers : où était le conseil?

Le 15 septembre 2008 à 1 h 15, les conseillers juridiques de la banque d’investissement Lehman Brothers ont demandé aux tribunaux américains la protection du chapitre 11 du code intitulé Bankrupcty Code.

La maison de Lehman Brothers était un château de cartes. Sa déconfiture fit craindre avec raison que d’autres châteaux de cartes financiers allaient s’écraser. La confiance et les liquidités se sont volatilisées du système financier. Un grand vent de panique a amené les gouvernements, les autorités bancaires et les organismes de réglementation à mettre tout en œuvre pour éviter l’effondrement du système financier international. Une fois la tempête passée, il fallut mesurer les dégâts, chercher les causes et les responsables et tenter de mieux encadrer le système financier pour prévenir la répétition des mêmes fiascos à l’avenir.

L’enquêteur

Pour la faillite de Lehman, les tribunaux ont nommé un enquêteur afin d’examiner les causes de cette faillite et de déterminer si la direction ou les membres du conseil avaient commis des infractions susceptibles de donner lieu à des poursuites civiles ou criminelles.

Le rôle du conseil

L’enquêteur a jugé qu’aucune action ni aucune décision prise par le conseil pendant la période où Lehman Brothers se dirigeait vers sa fin ne pouvait être considérée comme une infraction susceptible de donner lieu à des poursuites Au moment de la faillite, le conseil de Lehman Brothers était composé de chefs de la direction retraités de grandes sociétés industrielles (IBM, GlaxoSmithKline, Haliburton, Telemundo Group, Sotheby’s), d’un producteur de théâtre, de l’ancien chef de la direction de la Croix Rouge américaine, de deux membres de longue date et d’un nouveau membre nommé peu auparavant (en avril 2008) qui venait du secteur financier.

Tous ces gens d’expérience n’en avaient cependant que peu ou pas du tout quant au type d’affaires que menaient Lehman en 2007-2008.

Les membres du conseil étaient informés de façon partielle sur les activités de Lehman et n’en connaissaient pas suffisamment les tenants et aboutissants pour demander plus d’informations. Par exemple, les gens responsables de la préparation d’une présentation destinée à la réunion du conseil du 27 mars 2007 ont échangé des courriels qui faisaient part des attentes du président de Lehman Brothers : « Le conseil n’est pas très avisé (sophisticated, en anglais) en ce qui a trait au marché des prêts hypothécaires à risque Joe (le président de Lehman Brothers) ne veut pas trop de précisions dans sa présentation. Il veut qu’on parle en toute franchise des risques auxquels Lehman Brothers fait face, mais soyez optimistes et constructifs , évoquez surtout les occasions créées par ce marché et le fait qu’on soit bien positionné pour en profiter » (page 90).

L’enquêteur a conclu son évaluation de la performance du conseil de Lehman en ces termes :

« Avec le recul, plusieurs membres du conseil ont déclaré qu’ils auraient aimé avoir plus de renseignements… Par contre, le conseil n’a pas demandé explicitement à la direction de lui fournir ces renseignements, et il n’existe aucune preuve que le conseil a posé des questions auxquelles la direction n’a pas répondu ou a répondu avec inexactitude. En outre … la direction n’était pas tenue par un organisme de réglementation ou en vertu de la common law de l’État du Delaware de fournir des renseignements détaillés au conseil d’administration.

Bien que la direction de Lehman Brothers n’ait pas fourni au conseil tous les renseignements disponibles concernant les risques auxquels faisait face la banque en 2007 et au début de 2008, ce n’est guère surprenant, compte tenu du rôle limité du conseil dans la surveillance de la gestion du risque de la banque et des renseignements extrêmement détaillés dont la direction disposait » (page 185, c’est nous qui soulignons).

Voilà, clairement, le fonds du problème de la gouvernance. Le conseil a fait ce qu’il a pu; les membres du conseil ont exercé leur jugement d’affaires, jugement façonné par une expérience totalement étrangère au secteur des banques d’affaires des années 2000. Ils ont pris des décisions en fonction de leurs connaissances limitées des activités financières et des renseignements que leur a fournis la direction.

Selon les lois en vigueur et la jurisprudence, les membres du conseil sont sans reproche : c’est tout le système de gouvernance régissant les sociétés à l’actionnariat dispersé qui est en cause. Il faut plutôt se pencher sur un nouveau mode de gouvernance et sur une nouvelle définition du rôle que doit jouer le conseil d’administration dans de telles sociétés cotées en bourse. Les membres de ces conseils doivent devenir des « activistes » de la gouvernance.

Un tel rôle, en fait une gouvernance créatrice de valeur, suppose des changements importants dans la façon de gouverner et pose un énorme défi. Pourtant, ce défi doit être relevé sinon la gouvernance demeura un exercice bénin lorsque tout va bien et généralement inutile lorsqu’une crise survient.

Quant aux dirigeants de Lehman, ils s’en tirent plutôt bien. L’enquêteur n’a rien à leur reprocher sauf pour quatre membres de la haute direction ainsi que le cabinet d’auditeurs externes ayant joué un rôle direct dans l’imbroglio touchant les accords de rachat connus sous le nom de « Repo 105 ». Le repo 105 (et le repo 108) constituait une pratique non divulguée qui respectait à peine les normes comptables et qui a permis à Lehman Brothers d’afficher un niveau d’endettement inférieur au cours de 2007 et de 2008, renseignement capital qui était suivi de près par les agences de notation, les investisseurs et les organismes de réglementation. Pourtant, trois ans et demi après la publication du rapport de l’enquêteur, aucune action en justice n’a encore été intentée à cet égard.

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

Rien n’a changé

La faillite de Lehman Brothers a déclenché une spirale mortelle. Toutes les sociétés financières américaines et européennes, imbriquées les unes dans les autres par des produits financiers complexes, se sont révélées vulnérables et fragiles.

Un vent de panique soufflait en tourmente. Les autorités politiques et réglementaires étaient dépassées, déboussolées. Le Trésor américain allonge 700 milliards de dollars pour racheter les actifs toxiques sur les bilans des banques. Le 16 septembre 2008, la société AIG, plaque tournante des opérations d’achat de protection contre les risques de déconfiture, reçoit un support financier de 82 milliards des mêmes autorités américaines qui, l’avant-veille, avaient refusé toute aide à Lehman.

Ce support à AIG allait éventuellement atteindre 182 milliards, dont les principaux bénéficiaires seront les banques d’affaires comme Goldman Sachs et Merrill Lynch et les banques comme Deutsche Bank, Société Générale et Barclays.

La tempête passe. Le monde entier constate avec stupeur l’ampleur des dégâts et les coûts qu’ont dû assumer les États pour contenir la crise. L’économie réelle de presque tous les pays développés entre en période de récession.

La colère des citoyens est palpable; elle se manifeste bruyamment à Washington et dans les autres capitales. Les politiciens, terrorisés par la possibilité que les citoyens les rendent responsables de ce fiasco, haranguent toute la gent financière. Le mouvement «Occupy Wall Street» tente d’allumer une ferveur révolutionnaire, mais le moment passe sans suite.

De multiples comités et commissions sont chargés de faire rapport sur comment cette crise s’est faite et comment elle aurait pu ne pas se faire. Les ouvrages sur le sujet foisonnent en librairie.

On y constate l’incroyable légèreté d’une dérèglementation massive du système financier. On y décrit les fastueuses rémunérations touchées par des dirigeants ayant pourtant mené leur société au bord de la faillite. On cherche à comprendre l’imbroglio de «produits» financiers ésotériques qui se sont avérés périlleux et toxiques. On pointe du doigt les agences de notation trop complaisantes dans leur évaluation de ces nouveaux produits. On tente de cerner le rôle joué par les spéculateurs de tout acabit. On saisit bien comment la crise a été provoquée en bonne partie par la turpitude et l’appât du gain dans le secteur financier.

Les projets de loi, les nouveaux encadrements réglementaires, les mesures préventives fusent de partout, du G20, de l’Union européenne, de Bâle et surtout de Washington. Le Congrès adopte en juillet 2010 la loi Dodd-Frank, ayant pour but de mettre en place une réglementation et une supervision des marchés financiers à la hauteur des risques que les manigances financières représentent pour la société civile.

Or, les acteurs du système financier, temporairement désarçonnés et craintifs, ont vite compris que le pouvoir qu’ils exerçaient sur l’appareil politique américain les mettait à l’abri de grands bouleversements dans le fonctionnement du système financier.

Les trois mécanismes de protection de leurs intérêts ont été massivement mis à contribution: le lobbying (dépenses de 2,4 milliards); les contributions aux campagnes électorales (708 millions); la porte tournante entre le gouvernement fédéral et les institutions financières.

La mise en oeuvre de la loi Dodd-Frank est ralentie, voire bloquée, par des manoeuvres politiques ainsi que par des contestations devant les tribunaux. Plusieurs pans de la nécessaire réforme restent en suspens depuis plus de trois ans.

Bien que certaines mesures mises en place donnent plus d’autorité aux régulateurs, rien, ou presque, n’a été fait pour composer avec certaines causes de la crise financière: les produits dérivés ne sont pas encore soumis à un quelconque encadrement réglementaire; les niveaux et formes de la rémunération dans le secteur financier restent pratiquement inchangés; les agences de notation ont conservé l’essentiel de leurs prérogatives.

En fait, aucune mesure mise en place depuis la crise financière de 2008 ne change fondamentalement le caractère du système financier international, les motivations qui l’animent et la cupidité qui l’infecte. De là viendra la prochaine crise…

Une déconfiture impunie

Le 15 septembre 2008 à 1h15 du matin, les avocats de Lehman Brothers, la banque d’affaires américaine, demandaient aux tribunaux de placer la société sous la protection de la loi américaine de la faillite. Cette déconfiture, la plus importante de l’histoire des États-Unis (600 milliards$ d’actifs), allait provoquer un raz de marée financier et économique qui a failli emporter l’ensemble des marchés financiers mondiaux dans son sillage.

Les causes de cette banqueroute sont notoires et bien documentées dans le rapport de 2200 pages de l’enquêteur nommé par le tribunal (publié en mars 2010).

  • Comme toutes les banques américaines d’investissement en ces temps, le modèle d’affaires de Lehman comportait un haut risque, un usage maximal de l’endettement, des prises de position gigantesques dans des produits risqués, un mode de financement vulnérable et de court terme.
  • Des systèmes de rémunération extravagants arrimés au revenu net et à la valeur du titre, sans prendre en compte le niveau de risque assumé pour réaliser ces profits. M. Fuld, le PDG de Lehman, a touché 523 millions$ de 2000 à 2008 en bonus et par l’exercice de ses options sur le titre.
  • Une décision hasardeuse en 2006 d’augmenter la mise alors que les marchés financiers commençaient à vaciller, Lehman estimant que «la chute des prix serait de courte durée et offrait de juteuses opportunités de profits».
  • Les sommes exigées, possiblement illégalement, au cours de 2008 par les contreparties, en particulier J.P. Morgan et Citibank, comme sûreté additionnelle pour des produits dérivés auxquels Lehman était partie ont vite épuisé les liquidités de l’entreprise.
  • Une foi indéfectible chez les dirigeants de Lehman que les autorités américaines interviendraient pour sauver Lehman comme elles l’avaient fait six mois plus tôt pour sauver de justesse une autre banque d’affaires, Bear Stearns. Persuadés que les autorités américaines bluffaient lorsqu’elles lui affirmaient qu’elles ne viendraient pas en aide à Lehman, les dirigeants de la société ont tardé à prendre des mesures de sauvetage de l’entreprise. Une acquisition de dernière heure par la banque britannique Barclay’s aurait pu sauver Lehman, mais il était trop tard pour satisfaire aux exigences réglementaires britanniques.

L’Enquêteur avait aussi et surtout comme mandat de déterminer si le conseil et les dirigeants de Lehman avaient commis des actes les rendant passibles de poursuites criminelles ou civiles.

Les conclusions de son rapport sont surprenantes:

  • Les membres du conseil ne sont imputables d’aucune faute de commission ou d’omission pouvant mener à des poursuites civiles ou criminelles;
  • Les membres de la direction sont également exonérés de toute responsabilité criminelle ou civile, sauf quatre dirigeants et la firme d’audit Ernst&Young pour leur participation à la manœuvre appelée «Repo 105».
  • Cette manipulation, bien que tout juste conforme aux normes comptables, visait à diminuer subrepticement et artificiellement (de 50 milliards$) le niveau des actifs et relever ainsi le ratio de l’avoir des actionnaires. Durant la période critique de fin 2007 et 2008 alors que Lehman subissait de fortes pressions des marchés financiers, la société voulait montrer aux agences de notation, aux investisseurs et aux prêteurs une image financière plus rassurante.
  • L’Enquêteur conclut que ces quatre dirigeants ainsi que la firme d’audit ont agi de façon négligente et non conforme à leurs obligations fiduciaires et professionnelles. Trois ans après la remise du rapport, il ne semble pas que les autorités américaines aient l’intention d’entreprendre quelque procédure judiciaire.
  • Évidemment, toute une ribambelle de litiges entre parties privées chemine lentement vers les tribunaux. À ce jour, un seul recours collectif d’actionnaires contre les dirigeants et membres du conseil de Lehman a été réglé en 2011 pour la somme dérisoire de 98,5 millions$, versée entièrement par les assureurs de Lehman!

Ainsi, la plus importante faillite de l’histoire américaine ne serait que la conséquence de mauvais jugements d’affaires, de décisions hasardeuses, de piètres calculs politiques… et de malchance!

Pourtant, la faillite de Lehman Brothers et ses suites ont suscité, pendant un temps, une virulente remise en question du système financier international avant que les forces du statu quo ne retrouvent leur assurance.

« $0.45 Hourly Wage Increase for American Workers in Last Seven Years »

[…] »GoBankingRates.com arrived at these findings by evaluating average worker pay from the Bureau of Labor Statistics (BLS) (2006 – 2013) and CEO compensation from the Institute for Governance of Private and Public Organizations’ ‘Pay for Value: Cutting the Gordian knot of Executive Compensation’ (2012) as well as AFL-CIO’s current ‘Executive Paywatch.’ Worker output data comes the BLS preliminary multifactor productivity trends report (2012); data regarding the distribution of family income (or gini index) comes from the Central Intelligence Agency’s ‘The World Factbook.’  » … Lire la suite

Propriété et contrôle des petites et moyennes entreprises québécoises cotées en bourse

La propriété des entreprises cotées en bourse et leur contrôle sont des préoccupations grandissantes dans le monde des affaires québécois. Alors que différentes études ont été réalisées à propos des formes de propriétés et le contrôle des plus importantes entreprises cotées en bourse (« Les prises de contrôle de sociétés québécoises : enjeux et pistes de solution », Y. Allaire 2012; « Propriété et contrôle des sociétés canadiennes et québécoises » Y. Allaire 2013) cette étude se penche sur les entreprises de taille moyenne cotées en bourse.

Nous avons donc choisi de nous intéresser à la propriété et le contrôle des entreprises cotées en bourse et ayant moins de 2000 employés, un chiffre d’affaires inférieur à 1 milliard de dollars et une capitalisation boursière inférieure à 1 milliard de dollars canadiens. Ces entreprises ont toutes leur siège social au Québec. Ces critères de sélection nous permettent de répertorier 53 entreprises inscrites à la bourse de Toronto (la liste complète de ces entreprises se trouve à l’annexe A de ce document).

Afin de colliger les informations pertinentes à la propriété et au contrôle de ces entreprises, nous avons consulté les différents documents que toutes les entreprises cotées en bourse doivent produire, notamment leur circulaire de sollicitation de procuration par la direction ou encore leur prospectus.

Les prises de contrôle de sociétés québécoises : enjeux et pistes de solution

Survenant en pleine campagne électorale, la tentative d’acquisition de Rona par l’américaine Lowes a provoqué des prises de position plus ou moins judicieuses de la part des partis politiques québécois. L’affaire Rona s’est estompée depuis, l’acquéreur s’étant retiré de la scène, pour le moment du moins. L’enjeu toutefois reste d’actualité.

Les sociétés, les pays, les nations gagnent économiquement et socialement lorsque leur structure industrielle comporte une forte proportion d’entreprises domestiques dont la propriété est à l’abri des prises de contrôle non souhaitées. À cet égard, le Québec est plutôt favorisé: parmi les 100 plus grandes entreprises québécoises, selon le chiffre d’affaires, on compte 8 sociétés d’État, 15 sociétés entièrement privées, 8 coopératives, 34 sociétés contrôlées par un actionnaire ou des actionnaires reliés, 17 filiales de sociétés étrangères. (Voir à cet effet A Capitalism of Owners, par Allaire et Firsirotu, 2012)

Néanmoins, bon nombre des grandes sociétés québécoises cotées en bourse ne jouissent d’aucun moyen de protection contre les prises de contrôle non souhaitées. Quand et comment convient-il de protéger ces sociétés contre des prises de contrôle?

Il faut agir avec doigté en ces matières. Le chassé-croisé international et interprovincial des fusions et acquisitions joue un rôle stratégique en ce qu’il reflète la volonté de croissance, de consolidation et d’expansion géographique des sociétés québécoises comme de celles d’ailleurs.

Mais, on ne peut tolérer plus longtemps que les règles établies par les commissions des valeurs mobilières canadiennes pour encadrer les opérations de fusions/acquisitions rendent les conseils d’administration incapables de s’opposer à une prise de contrôle de leur société. Pire, dès qu’une offre d’achat est rendue publique, les administrateurs de la société sont convertis de par les règles actuelles en agents de vente aux enchères.

Cet enjeu n’est pas québécois mais canadien. Déjà, en 2008, le Groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence formulait au gouvernement fédéral des recommandations concrètes à cet effet :

  • Les commissions des valeurs mobilières devraient abroger l’Instruction nationale 62-202 (Les mesures de défense contre une offre publique d’achat).
  • Les commissions des valeurs mobilières devraient cesser de réglementer le comportement des conseils d’administration en ce qui a trait aux régimes de protection des droits des actionnaires (« pilules empoisonnées »).
  • Les tribunaux [plutôt que les commissions des valeurs mobilières] devraient surveiller étroitement les obligations des administrateurs pour ce qui est des questions touchant les fusions et les acquisitions.
  • La Commission des valeurs mobilières de l’Ontario devrait être un chef de file parmi les Autorités canadiennes en valeurs mobilières en apportant les changements décrits ci-dessus et prendre les devants si aucun geste collectif n’est posé avant la fin de 2008.

Ces recommandations n’ont pas eu de suite, demeurent en suspens, la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario étant la plus réticente de toutes à apporter quelque changement au régime actuel.

Pourtant, aux États-Unis, ce pays présumé de toutes les libertés, chaque état a juridiction sur les entreprises incorporées selon les lois de sa législature en toute matière incluant les tentatives de prise de contrôle, qu’elles proviennent d’une entreprise étrangère ou d’une entreprise américaine. La Commission des valeurs mobilières américaine (la SEC), contrairement aux commissions canadiennes, ne se mêle pas de ces questions.

Devant la grogne populaire provoquée par la frénésie des prises de contrôle « hostiles » par des fonds de privatisation (appelés « Leverage Buy-out Funds » à l’époque) au cours des années 1980, plus de 30 états américains mirent en place des lois pour donner aux conseils d’administration les moyens de repousser toute tentative de prise de contrôle que le conseil jugeait ne pas être dans l’intérêt de la société ou de ses parties prenantes. Ces initiatives juridiques mirent pratiquement fin aux tentatives hostiles de prises de contrôle dans les états qui avaient ainsi renforcé l’autorité des conseils d’administration.

L’envergure de l’enjeu

L’examen des 50 plus grandes sociétés québécoises cotées en bourse (selon la valeur boursière) révèle que fort heureusement plusieurs champions industriels québécois se sont dotés d’une structure de capital qui les met ainsi à l’abri de tentatives de prises de contrôle. En fait, parmi ces 50 plus grandes entreprises québécoises, selon leur valeur boursière, pas moins de 20 sont sous le contrôle d’un actionnaire (ou d’actionnaires reliés) : les Bombardier, Power, CGI, Quebecor, Groupe Jean Coutu, Alimentation Couche Tard, Cogeco, Astral Media, Transcontinental, Canam et autres.

Puis, cinq sociétés parmi les 50 œuvrent dans des secteurs industriels qui sont protégés par les lois canadiennes contre les prises de contrôle étrangères : banques, sociétés d’assurance, sociétés de télécommunications, sociétés aériennes : soit, la Banque nationale, la Banque Laurentienne, l’Industrielle Alliance, BCE, Air Canada (la Banque de Montréal et la Banque Royale dont le siège n’est que nominalement au Québec ne furent pas incluses parmi les 50).

Enfin, le CN offre un cas particulier puisque:

« Les statuts constitutifs du CN stipulent que lorsqu’une personne est… propriétaire ou a le contrôle, directement ou indirectement, d’un nombre total d’actions avec droit de vote excédant 15 %, nul ne peut exercer les droits de vote rattachés à ces actions…» (Source : Notice annuelle, 2012)

Il est probable que le conseil d’administration du CN pourrait soumettre aux actionnaires des modifications à ces dispositions afin de permettre l’acquisition du CN par une tierce partie. Toutefois, tant que cette restriction est en place, le CN ne peut faire l’objet d’une prise de contrôle non souhaitée; donc nous avons soustrait le CN de la liste des 50 entreprises.

De cette liste des 50 plus grandes entreprises, selon leur valeur boursière, il en reste 24 qui pourraient faire l’objet d’une tentative de prise de contrôle. Ces sociétés sont incorporées soit, selon la loi du Québec (8 d’entre elles), soit, selon la loi fédérale (16 d’entre elles).

Les deux tableaux suivants identifient ces 24 sociétés :

Tableau 1: Sociétés incorporées au Québec sans mesure de protection- Capitalisation boursière en millions $ (au 5/10/2012)

Canam: $321
Cominar (fonds de placement):$ 3,279
Héroux-Devtek:$410
Métro Inc.: $5,659
Quincaillerie Richelieu: $695
Rona Inc.: $1,496
Semafo Inc. (société minière): $1,208
Uni-Sélect: $ 551

Tableau 2: Sociétés incorporées au fédéral sans mesure de protection- Capitalisation boursière en millions $ (au 5/10/2012)

Aimia Inc. (ex. Groupe Aéroplan):$2,564
Atrium Innovations:$438
CAE Inc. : $2,724
Dollarama Inc.:$ 4,749
Domtar:$3,333
Genivar (ingénieurie et construction):$1,147
Gildan Inc.:$3,914
Innergex (énergie renouvelable):$ 1,006
Intertape Polymer (produits et systèmes d’emballage):$395
MTY (Groupe alimentaire): $377
Orbite Aluminae (extraction de l’alumine métallurgique): $499
Osisko (Corporation Minière): $3,781
Résolu (Produits forestiers): $1,252
SNC-Lavalin Inc. : $5,745
TransForce Inc. (Transport et logistique): $1,987
Valener (Production, transport, stockage et distribution d’énergie): $696

Évidemment, plusieurs de ces sociétés comportent des actionnaires détenant plus de 10% des actions avec droit de vote. Ces actionnaires ne pourraient, même s’ils le souhaitaient, bloquer une prise de contrôle. Souvent, ces actionnaires sont des fonds de placement dont on ne peut connaître l’engagement de durée comme actionnaire ni le comportement lors d’une tentative de prise de contrôle de la société.

Il faut noter cependant que selon les dernières informations inscrites sur SEDAR des participations substantielles étaient détenues par des fonds d’investissement ayant une perspective de longue durée, comme Jarislowsky Fraser (Métro-17,88%; Uni-Select-14,9%; SNC-Lavalin-14,37%), la Caisse de dépôt et placement (Héroux-Devtech-13,9%; Rona-14.18%; Genivar-14.1%) et le Fonds de solidarité FTQ (Atrium-16,3%).

Somme toute, l’enjeu des prises de contrôle de sociétés québécoises est significatif mais son envergure est circonscrite par le fait que de grandes sociétés québécoises sont contrôlées par un actionnaire ou des actionnaires reliés ou sont soumises aux lois canadiennes protégeant les entreprises de leur secteur d’activités contre les prises de contrôle étrangères.

Les pistes de solution

Dans la mesure où le gouvernement du Québec voudrait intervenir pour protéger la propriété de certaines entreprises et maintenir ainsi leur contribution à la société québécoise, quelles sont les pistes à explorer?

Bien sûr que si ces 24 sociétés pouvaient se doter d’une structure de capital à double classe d’actions ou encore adopter un statut comme celui du CN, le problème serait réglé. Le hic est que de telles dispositions sont habituellement incluses dans les statuts de la société avant que celle-ci ne devienne publique. Changer les statuts plus tard requière l’approbation des actionnaires. Il est improbable que ces sociétés veuillent soumettre maintenant de tels changements à des actionnaires peu réceptifs à de telles mesures.

  • Changer la loi québécoise ou le mandat de l’Autorité des marchés financiers

Le Québec pourrait changer la Loi sur les sociétés par actions pour y inclure des dispositions précises donnant plus d’autorité aux conseils d’administration lors de tentatives de prise de contrôle de leur société.

En fait, il faudrait surtout clarifier ce que signifie l’article 119 de la Loi québécoise sur les sociétés par actions :

En conséquence, les administrateurs sont notamment tenus envers la société, dans l’exercice de leurs fonctions, d’agir avec prudence et diligence de même qu’avec honnêteté et loyauté dans son intérêt. (Emphase ajoutée)

De même, l’article 122 de la Loi canadienne sur les sociétés par actions stipule :

Les administrateurs et les dirigeants doivent, dans l’exercice de leurs fonctions, agir : a) avec intégrité et de bonne foi au mieux des intérêts de la société;

(Emphase ajoutée)

Dans deux jugements importants (Peoples et BCE), la Cour suprême du Canada a interprété cette disposition comme signifiant que les membres du conseil d’administration doivent tenir compte de l’intérêt de la société et non seulement de celui des actionnaires ou des autres parties prenantes (créanciers, clients, employés, fournisseurs)..

La Cour suprême s’exprime ainsi : «Ils (les administrateurs) ont en tout temps leur obligation fiduciaire envers la société, et les intérêts de la société ne doivent pas se confondre avec ceux des actionnaires, avec ceux des créanciers ni avec ceux de toute autre partie intéressée.» (People’s c. Wise, 2004)

Pas moins de 35 états américains ont adopté des statuts conférant au conseil d’administration des droits et des responsabilités précises lors de l’évaluation d’une offre d’achat de leur société.

Ces statuts autorisent des mesures défensives, comme les dragées toxiques («poison pills ») ou encore le droit pour les conseils d’administration de prendre en compte l’ensemble des parties prenantes à une décision. Ces statuts peuvent également inclure la prohibition, pour une période allant de trois à cinq ans, de fusionner les actifs de l’entreprise acquise avec ceux de l’acquéreur. Puis, certains états exigent que l’offre d’achat soit acceptée par plus de la moitié ou plus des deux tiers des actionnaires, mais excluant les actions détenues par celui qui fait l’offre d’achat (super-majorité).

Par exemple, les statuts de l’état de New York enjoignent les membre de conseils, lorsqu’ils évaluent l’à-propos d’une offre d’achat, à porter un « jugement d’affaires» sur « les intérêts à court terme et à long terme de la société et de ses actionnaires, sur les effets à long terme et à court terme pour les employés actifs, les employés retraités, les clients et créanciers de la société ainsi que sur l’habileté de la société à fournir biens, services, opportunités d’emploi et à contribuer aux communautés où la société fait affaires ».

Rien dans la loi québécoise ou canadienne n’empêcherait les membres de conseil d’interpréter ainsi leur responsabilité fiduciaire si ce n’était des règles établies par les commissions des valeurs mobilières canadiennes en matière d’acquisitions et de fusions d’entreprises.

Le gouvernement du Québec pourrait donner des directives (ou en modifier le mandat) à l’Autorité de marchés financiers afin que celle-ci ajuste ses règles pour donner aux conseils d’administration plus d’autorité et de latitude dans l’évaluation d’une offre d’achat de la société, incluant le droit d’avoir recours à des mesures défensives efficaces, de « dire non » à une telle offre sans avoir à la soumettre au vote des actionnaires. Assurément, une telle autorité doit être exercée raisonnablement et être soumise à la juridiction de tribunaux compétents.

Toutefois, si le gouvernement du Québec adoptait une telle démarche, celle-ci ne serait valable que pour les sociétés incorporées au Québec mais ne s’appliquerait pas aux sociétés sous juridiction fédérale. (Du moins, il me semble que toute tentative du Québec de soumettre des sociétés à charte fédérale à la loi québécoise et aux dispositions de l’Autorité des marchés financiers, lesquelles seraient distinctes de celles de l’Ontario où réside la Bourse de Toronto ouvrirait une boîte de Pandore juridique).

Évidemment, les sociétés à charte fédérale avec siège au Québec pourraient choisir de se soumettre par prorogation à la loi québécoise mais cette décision devrait recevoir l’approbation des actionnaires. Il est improbable que plusieurs des sociétés à charte fédérale veuillent s’engager dans une telle démarche.

De plus, l’Autorité des marchés financiers du Québec fait partie d’un organisme, les Autorités canadiennes des valeurs mobilières, lequel a pour mission de coordonner et uniformiser la réglementation à l’échelle canadienne. L’éventualité où l’AMF ferait cavalier seul mettrait en appétit ceux qui souhaitent ardemment la création d’une commission nationale des valeurs mobilières.

Enfin, la démarche par voie législative aboutit à donner plus de pouvoirs aux conseils d’administration pour bloquer une transaction non souhaitée; mais cette démarche ne protège pas la propriété d’entreprises québécoises lorsque le conseil d’administration donne son aval à la vente de l’entreprise. Supposons que, dans le cas de RONA, le conseil ait reçu avec faveur la proposition de Lowe’s; alors, rien de ce qui est proposé ici n’aurait empêché la conclusion de la transaction, même si celle-ci n’est pas dans l’intérêt général du Québec. Seul Investissement Canada aurait pu bloquer alors cette transaction en invoquant qu’elle n’apportait pas d’avantage net pour le Canada, en l’occurrence une décision bien improbable.

Jusqu’à tout récemment, la démarche d’Investissement Canada, éminemment politique, voire idéologique, n’avait mené qu’à de très rares refus d’autoriser une prise de contrôle. Les provinces, quant à elles, ne détiennent aucun moyen de s’opposer à une prise de contrôle sur leur territoire, même lorsqu’une acquisition étrangère vise, par exemple, une entreprise œuvrant dans le secteur des ressources naturelles, lequel est pourtant de juridiction provinciale. Quand il doit rendre une décision…, le Ministre consulte les gouvernements provinciaux, les autres ministères fédéraux et le Bureau de la concurrence. (Loi d’Investissement Canada)

Ainsi, la voie législative offre au gouvernement du Québec une solution partielle mais soumise à de nombreux aléas. Le véritable enjeu consiste à amener l’ensemble des commissions des valeurs mobilières canadiennes à revoir leur rôle.

  • Créer un fonds québécois de prises de participation de blocage

L’idée générale, semble-t-il, serait de créer un fonds québécois pour rassembler des mises de fonds de la part de la Caisse de dépôt et placement, d’Investissement Québec et d’autres institutions québécoises, lequel fonds servirait à acheter suffisamment d’actions des entreprises vulnérables pour bloquer la voie à toute tentative de prise de contrôle.

Évidemment, un tel fonds québécois d’investissement ne pourrait attendre qu’une offre d’achat soit rendue publique (une OPA) avant d’agir. En effet, puisque dès l’annonce d’une OPA le prix du titre bondit, le fonds achèterait alors les actions au prix fort; puis aussitôt que le marché financier constaterait que la transaction n’aura pas lieu parce que le fonds a acquis une minorité de blocage, le prix de l’action chuterait rapidement. Les pertes pour le fonds québécois seraient dramatiques.

Voulant procéder de façon préemptive mais ne sachant pas à l’avance quelles sociétés pourraient faire l’objet d’une offre d’achat, les gestionnaires du fonds québécois devraient prioriser les entreprises vulnérables selon des critères d’impact économique et social, une tâche délicate et éminemment politique.

Puis, dès qu’il sera annoncé que le fonds québécois a acheté une participation significative dans une société (le fonds devrait divulguer toute participation dès qu’elle représente plus de 10% des actions en circulation), celle-ci serait soumise aux sorties de son capital par des actionnaires déçus et aux tractations des fonds de spéculation qui y verront une occasion de profiter de l’engagement du fonds québécois envers cette société.

Enfin, il convient de le rappeler : la Caisse de dépôt et de placement n’est pas le fonds privé d’investissement du gouvernement.

Toutefois, comme elle le fait maintenant, sans obligation ni mandat du gouvernement et selon ses critères de placement, la Caisse de dépôt et placement peut prendre des positions importantes et de longue durée dans des entreprises québécoises offrant de belles perspectives de croissance et de rentabilité ainsi que les accompagner financièrement dans leur développement. Certaines des sociétés identifiées aux deux tableaux ci-avant pourraient correspondre à cette orientation de la Caisse.

Conclusion

En définitive, les entreprises québécoises qui constituent un enjeu réel si elles devaient faire l’objet d’offres publiques d’achat non souhaitées sont faciles à identifier. La voie la plus prometteuse pour protéger celles-ci contre des prises de contrôle intempestives malgré l’opposition de leurs conseils d’administration passe par les commissions des valeurs mobilières. Malgré l’invitation pressante du Groupe d’étude sur les politiques en matière de concurrence à la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario, rien ou presque n’a changé depuis 2008. L’Autorité des marchés financiers du Québec devrait donc assumer un rôle de leadership à cet égard auprès des autorités des autres provinces. Le temps est propice.

Le gouvernement du Québec pourrait clarifier le texte de sa loi, possiblement y ajouter des éléments nouveaux (prohibition de fusionner les actifs, super-majorité) et demander à l’Autorité des marchés financiers de modifier sa réglementation pour la rendre conforme à la lettre et l’esprit de la Loi québécoise sur les sociétés par actions.

Les changements aux règlements de l’AMF pour donner aux conseils d’administration plus d’autorité lors d’une OPA pourraient devenir opérationnels que si un certain nombre de commissions des valeurs mobilières provinciales effectuaient les mêmes changements.

Enfin, les grands fonds de placement du Québec devraient jouer pleinement leur rôle d’investisseur à long terme dans des entreprises du Québec.

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

« The limits of “good” governance: »

« In an opinion piece in the Globe and Mail of July 26th, 2013, Mr. Gwyn Morgan, the former chair of the board of SNC-Lavalin gives us his take on what happened there and offers some suggestions to improve corporate governance. The gist of his piece bears on how hard-working and diligent were the chairman and the board members after they were informed of malversation by some members of management.

His explanation of why the board could not prevent the abuses at SNC-Lavalin rests on two axioms from the playbook of “good” corporate governance:

  • “Non-executive directors are not involved in day-to-day operations of the company. They must rely on information received from people within the company. When a small number of people deliberately set out to falsify documents, commit bribery and cover up theft, it can be exceedingly difficult to detect…”
  • “One of the most widely accepted corporate governance principles is the clear separation of the role of board members from that of management.” Boards must trust management to be…trust-worthy and let management manage.

After some 15 years of tweaking and polishing the theory and practice of “good” governance, board members, through no fault or inadequacy on their part, remain surprise-prone, dimly aware of various goings-on in the company, poorly informed and lacking the wherewithal to challenge management. In the current form of governance, corporate directors are somewhat akin to skaters making intricate arabesques on a frozen lake, largely unaware of the teeming life underneath. » […] Lire la suite

« Lessons from SNC-Lavalin: The mirage of board governance »

« In a recent commentary in The Globe and Mail, Gwyn Morgan, the former chair of the board of SNC-Lavalin, gives us his take on what happened within the engineering giant and offers some advice to improve corporate governance. The gist of his piece bears on how hard working and diligent the chairman and the board members were after they were informed of malversation by some members of management.

His explanation of why the board could not prevent the abuses at SNC-Lavalin rests on two axioms from the playbook of “good” corporate governance:

  • “Non-executive directors are not involved in day-to-day operations of the company. They must rely on information received from people within the company. When a small number of people deliberately set out to falsify documents, commit bribery and cover up theft, it can be exceedingly difficult to detect…”
  • “One of the most widely accepted corporate governance principles is the clear separation of the role of board members from that of management.” Boards must trust management to be…trust-worthy and let management manage.

After some 15 years of tweaking and polishing the theory and practice of “good” governance, board members, through no fault or inadequacy on their part, remain surprise-prone, dimly aware of various goings-on in the company, poorly informed and lacking the wherewithal to challenge management. In the current form of governance, corporate directors are somewhat akin to skaters making intricate arabesques on a frozen lake, largely unaware of the teeming life underneath.

The governance orthodoxy that became dominant since Sarbanes-Oxley has only reinforced this character of governance: a fiduciary façade for shareholders, a simulacrum of decision-making authority over management.

What has happened recently at SNC Lavalin, a company with stellar Globe and Mail governance scores (1st in 2005 and 2009; 2nd in 2006; 3rd in 2008; 7th in 2003, 2011, 2012) illustrates this point rather eloquently. The SNC-Lavalin board, made up of experienced people, had to face up to a crisis it did not see coming.

But could the board have foreseen and prevented the scandals, legal imbroglios and international embarrassment now weighing on the company’s future? Wisdom after the fact is a most common, and detestable, quality.

Yet, as a dutiful practitioner of “good” governance, SNC-Lavalin provides an abundance of information in its annual “Management Information Circular” which brings forth some relevant questions.

For instance, in this circular for fiscal year 2010, the company informs us that 7 of its 12 board members claim, on a grid of competencies, that “they know well the geographical regions where the company operates” and 9 members check that “they have an international business experience”. One may think that people who know well how business is transacted in, say, Libya (Transparency International corruption score 160th out of 174 countries), Algeria (score 105th), Tunisia (score 75th) would have asked pointed, skeptical questions about the ways of winning large contracts in these markets. Perhaps they did. But would they not want to follow up with policies about which countries should SNC-Lavalin be allowed to prospect for contracts? Perhaps they simply did not know how business is actually conducted in exotic places.

Not that they did not have an opportunity to raise those questions. The management information circular for the fiscal year 2011 reports that board members participated in training sessions where 50 presentations were made on various projects worldwide. Board members, it is reported, were also privy to sessions bearing on global issues and acquisitions strategies in specific countries: India, Brazil, Libya, Southeast Asia.

In its annual report for 2010, SNC-Lavalin lists among the business risks of the corporation “anti-bribery laws”, about which the report states reassuringly: “The Company’s controls, policies and practices are designed to ensure internal and external compliance with these laws”.

One may certainly dare ask how could the board, dependent as it is on the information provided by management, ascertain that every control was in place to ensure compliance? In the 2011 annual report, this blanket guarantee that everything is under control is replaced by a subdued statement: “Our policies mandate compliance with anti-bribery laws.”

The solution to the kind of governance issues raised by SNC-Lavalin will not come from a further tightening and refining of what we call fiduciary governance: the set of punctiliously applied rules, guidelines, and principles, which has come to define “good governance”.

Let’s be clear. In the Anglo-American model of the widely-held, publicly traded corporation, governance is largely a mirage. For those looking from afar, the board of directors looks like a decision-making and controlling body, the ultimate authority over the company and its management. From up close, the mirage dissipates into a stark reality where impeccably independent directors, no matter how impressive their biographies, are the vassals of management, dependent on management with its advantage in information, in time invested, and in specific expertise.

The relative success of “activist” hedge funds (e.g. at Canadian Pacific) and private equity funds underlines the flawed practices of “good” corporate governance. We need “activist” boards, boards that create lasting value for the company and its stakeholders. We must question some of the axioms that support the current practice of governance. We must re-tool and re-think the whole business of corporate governance.

That should have been the lesson learned by Mr. Morgan from his dismal experience at SNC-Lavalin.

Opinions expressed herein are strictly those of the author. »

« Why acquisitions fail to create value and what can be done about it? »

« That so many mergers and acquisitions have failed to deliver value for the shareholders of the acquiring firm (or merged firms) has become a dominant theme, the conventional wisdom of the post 2000 era. That is, of course, until the next wave of acquisitions washes in with its “implacable” logic and seductive rationale.

The evidence of failure at the game of M&A is harsh and overwhelming, or so it seems:

  • Two thirds of all transactions completed during the 1980’s ended up destroying value for the acquirer (Sirower,1997);
  • Of 150 deals of over US 500M in the 1990’s, half eroded the returns of the acquirer and only 17% increased returns substantially (Accenture, 2001);
  • From a study of 700 cross-border deals between 1996 and 1998, KPMG concludes that 53% destroyed value; furthermore, they found that cross-border deals involving a U.K. and a U.S. company were 32% more likely to succeed while deals involving U.S. and continental European firms were 11% less likely to succeed.
  • Based on a survey of 118 companies worldwide conducted in early 2001, KPMG estimates that 30% of M&A transactions these companies engaged in have created value, 39% produced no discernible difference and 31% actually destroyed value; they further observe that 24% of companies in Europe and 35% of companies in the US created value. A similar survey conducted two years earlier had found that only 17% of transactions had created value […]

Here is a question to the reader. Why did companies keep on acquiring other companies at an unprecedented rate throughout the 1990s and early 2000s despite this overwhelming evidence?

What can explain this behavior on the part of highly paid, presumably sagacious, expensively advised CEOs? In our experience and based on abundant empirical evidence, the answer to that question is multiple. »  […] Lire la suite

L’IGOPP soumet un commentaire sur les régime d’offres publiques d’achat au Canada

Encadrer les offres publiques d’achat hostiles : Redonner aux conseils d’administration l’autorité d’agir dans l’intérêt à long terme de la société comme le dicte la loi.

Le 13 mars 2013, les ACVM ont publié, pour commentaires, des propositions de modifications et de changements au Règlement 62-104 sur les offres publiques d’achat et de rachat, à l’Instruction générale 62-203 relative aux offres publiques d’achat et de rachat et au Règlement 62-103 sur le système d’alerte et questions connexes touchant les offres publiques et les déclarations d’initiés. Le 14 mars, les ACVM ont publié un avis de consultation sur le Règlement 62-105 sur les régimes de droits des porteurs, qui établirait un cadre réglementaire complet pour le traitement des régimes de droits au Canada.

L’IGOPP soumet aujourd’hui ses commentaires aux Autorités des marchés financiers et aux Autorités canadiennes en valeurs mobilières dans lequel il indique que le temps est venu de modifier et de moderniser la réglementation archaïque et obsolète des offres publiques d’achat au Canada.

Les commissions en valeurs mobilières provinciales, sous la coordination des Autorités canadiennes en valeurs mobilières, doivent élaborer un cadre de réglementation des offres publiques d’achat conforme aux lois et à la jurisprudence canadiennes.

La gouvernance des sociétés canadiennes respecte déjà des principes défendus par les investisseurs activistes aux États-Unis, soit l’élimination des conseils d’administration renouvelables par tranches et la séparation des postes de président du conseil et de chef de la direction, deux principes de gouvernance qui facilitent la réalisation d’une offre publique d’achat hostile. Conjuguées à la pratique très répandue voulant que les membres des conseils soient élus à la majorité, ces caractéristiques de la gouvernance des sociétés canadiennes donnent aux actionnaires les moyens de punir les conseils qui ne s’acquittent pas correctement de leurs obligations ;

L’actionnariat a beaucoup changé depuis 1987 ; dès qu’une offre d’achat est annoncée publiquement, les calculs financiers des actionnaires, conjugués aux actions des fonds spécialisés, transforment radicalement et rapidement l’actionnariat de la société cible. La notion selon laquelle ces nouveaux actionnaires sont les « propriétaires » de la société et les seuls « décideurs » de son sort et ont besoin de la protection bienveillante des commissions des valeurs mobilières afin de contrer des dirigeants malveillants et en conflit d’intérêts semble reposer sur un scénario imaginatif décrivant une époque révolue ;

Cette conception du rôle des commissions des valeurs mobilières est incompatible avec la Loi sur les sociétés par actions (Canada) et la jurisprudence de la Cour suprême. Il est grand temps que les ACVM rendent leur réglementation conforme au droit canadien ; il n’est pas du rôle des commissions des valeurs mobilières de limiter le pouvoir et la responsabilité des administrateurs d’agir dans l’intérêt à long terme d’une société à l’égard des offres publiques d’achat, puisque la décision d’accepter ou non une offre d’achat est primordiale pour les intérêts à long terme d’une société et de ses parties prenantes ;

L’étrange notion selon laquelle les dirigeants sont automatiquement opposés à une prise de contrôle en raison de conflits d’intérêts inhérents doit être revue. En effet, en raison de l’évolution des systèmes de rémunération des dirigeants et des administrateurs, on doit maintenant plutôt craindre que les dirigeants et les administrateurs soient trop réceptifs à une offre publique d’achat qui n’est peut-être pas dans l’intérêt de la société et de ses parties prenantes. Le conflit d’intérêts potentiel s’est inversé. Les commissions des valeurs mobilières doivent être conscientes de ce phénomène et instaurer des mesures afin de limiter ce type de conflits d’intérêts.
Pour tous ces motifs, l’IGOPP et son conseil d’administration* appuient résolument les propositions de l’AMF et enjoignent les autres commissions des valeurs mobilières provinciales à participer à ces travaux cruciaux visant à moderniser la réglementation des offres publiques d’achat au Canada.

*Toutefois, conformément à la politique de l’AMF, M. Louis Morisset de l’Autorité des marchés financiers, s’est abstenu.

Projet de modification du régime d’offres publiques d’achat au Canada

Encadrer les offres publiques d’achat hostiles : Redonner aux conseils d’administration l’autorité d’agir dans l’intérêt à long terme de la société comme le dicte la loi.

Le 13 mars 2013, les ACVM ont publié, pour commentaires, des propositions de modifications et de changements au Règlement 62-104 sur les offres publiques d’achat et de rachat, à l’Instruction générale 62-203 relative aux offres publiques d’achat et de rachat et au Règlement 62-103 sur le système d’alerte et questions connexes touchant les offres publiques et les déclarations d’initiés. Le 14 mars, les ACVM ont publié un avis de consultation sur le Règlement 62-105 sur les régimes de droits des porteurs, qui établirait un cadre réglementaire complet pour le traitement des régimes de droits au Canada.

L’IGOPP soumet aujourd’hui ses commentaires aux Autorités des marchés financiers et aux Autorités canadiennes en valeurs mobilières dans lequel il indique que le temps est venu de modifier et de moderniser la réglementation archaïque et obsolète des offres publiques d’achat au Canada.

Les commissions en valeurs mobilières provinciales, sous la coordination des Autorités canadiennes en valeurs mobilières, doivent élaborer un cadre de réglementation des offres publiques d’achat conforme aux lois et à la jurisprudence canadiennes.

  • La gouvernance des sociétés canadiennes respecte déjà des principes défendus par les investisseurs activistes aux États-Unis, soit l’élimination des conseils d’administration renouvelables par tranches et la séparation des postes de président du conseil et de chef de la direction, deux principes de gouvernance qui facilitent la réalisation d’une offre publique d’achat hostile. Conjuguées à la pratique très répandue voulant que les membres des conseils soient élus à la majorité, ces caractéristiques de la gouvernance des sociétés canadiennes donnent aux actionnaires les moyens de punir les conseils qui ne s’acquittent pas correctement de leurs obligations ;
  • L’actionnariat a beaucoup changé depuis 1987 ; dès qu’une offre d’achat est annoncée publiquement, les calculs financiers des actionnaires, conjugués aux actions des fonds spécialisés, transforment radicalement et rapidement l’actionnariat de la société cible. La notion selon laquelle ces nouveaux actionnaires sont les « propriétaires » de la société et les seuls « décideurs » de son sort et ont besoin de la protection bienveillante des commissions des valeurs mobilières afin de contrer des dirigeants malveillants et en conflit d’intérêts semble reposer sur un scénario imaginatif décrivant une époque révolue ;
  • Cette conception du rôle des commissions des valeurs mobilières est incompatible avec la Loi sur les sociétés par actions (Canada) et la jurisprudence de la Cour suprême. Il est grand temps que les ACVM rendent leur réglementation conforme au droit canadien ; il n’est pas du rôle des commissions des valeurs mobilières de limiter le pouvoir et la responsabilité des administrateurs d’agir dans l’intérêt à long terme d’une société à l’égard des offres publiques d’achat, puisque la décision d’accepter ou non une offre d’achat est primordiale pour les intérêts à long terme d’une société et de ses parties prenantes ;
  • L’étrange notion selon laquelle les dirigeants sont automatiquement opposés à une prise de contrôle en raison de conflits d’intérêts inhérents doit être revue. En effet, en raison de l’évolution des systèmes de rémunération des dirigeants et des administrateurs, on doit maintenant plutôt craindre que les dirigeants et les administrateurs soient trop réceptifs à une offre publique d’achat qui n’est peut-être pas dans l’intérêt de la société et de ses parties prenantes. Le conflit d’intérêts potentiel s’est inversé. Les commissions des valeurs mobilières doivent être conscientes de ce phénomène et instaurer des mesures afin de limiter ce type de conflits d’intérêts.

Pour tous ces motifs, l’IGOPP et son conseil d’administration* appuient résolument les propositions de l’AMF et enjoignent les autres commissions des valeurs mobilières provinciales à participer à ces travaux cruciaux visant à moderniser la réglementation des offres publiques d’achat au Canada.

*Toutefois, conformément à la politique de l’AMF, M. Louis Morisset de l’Autorité des marchés financiers, s’est abstenu.

« SNC-Lavalin pushes government on maintaining local expertise »

« […]“Today, it must be recognized that the integral application of this law could lead to unjust consequences for tens of thousands of innocent workers and to the destruction of an industry that’s vital to the Quebec economy,” Yvan Allaire, chairman of Montreal’s Institute for Governance of Private and Public Organizations, wrote in a July 2 opinion piece published on the website of business magazine Les Affaires.

Mr. Allaire argues that engineering firms found guilty of past wrongdoing should be allowed to resume their normal public contract work on condition they reimburse the sums they received illegally and pay a 20% penalty. He argues municipalities are also to blame for their poor financial controls and should also shoulder some of the repayment costs.

Mr. Card has met privately with Quebec Premier Pauline Marois and senior PQ staff in recent weeks in a bid to express his view on SNC’s ethical shortcomings and the steps it has taken to improve governance. The company employs 34,000 employees, including thousands in its Quebec home base.

The decision to list itself with the lobbyist registry was done “to be as absolutely transparent as possible,” said SNC spokesperson Leslie Quinton. “We have heard of companies who have had people in social settings being accused of lobbying, so we decided to be proactive and register anyone who could conceivably have any contact with government authorities, however innocuous.”

The company does not intend to actually conduct any more lobbying than it has in the past, Ms. Quinton said.

She declined to comment on Quebec’s anti-corruption law specifically. “We would like to be able to discuss openly and constructively the potential impact of government laws on our company and our people, which is not limited to any single law.”

SNC-Lavalin has submitted its documentation to obtain its ethics certificate from the AMF. To date it has not received a response, Ms. Quinton said. » Lire la suite

Comment sauver l’industrie québécoise du génie-conseil de sa propre turpitude!

Texte co-écrit avec Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance (IGOPP).

Le fait est établi et avéré : d’importantes firmes québécoises de génie conseil ont participé à des opérations de collusion et de corruption qui ont vraisemblablement faussé le jeu de la concurrence et occasionné des coûts supérieurs pour les villes et municipalités qui ont eu recours à leurs services.

Avec raison, le gouvernement n’a pas attendu le rapport du juge Charbonneau pour agir; la Loi sur l’intégrité en matière de contrats publics fut donc adoptée le 7 décembre 2012.

Force est de reconnaître aujourd’hui que l’application intégrale de cette Loi pourrait mener à des résultats injustes envers des dizaines de milliers de travailleurs innocents de toute magouille ainsi qu’à la destruction d’une industrie vitale pour l’économie du Québec.

Or, ces arguments ne peuvent servir d’excuses, ni d’atermoiement pour les sociétés en cause. Celles-ci doivent payer pour leurs actes délictueux. Bien sûr que les dirigeants ou cadres qui ont participé à ces activités illégales doivent être congédiés et doivent faire face aux accusations criminelles et poursuites civiles qui pourraient être intentées contre eux.

Les firmes de génie conseil devraient pouvoir reprendre leurs activités normales à la condition de rembourser les sommes reçues illégalement en raison des stratagèmes maintenant dévoilés. À ces sommes l’on devrait ajouter une amende de 20% du montant établi.

Comment établir le montant du trop-perçu par les firmes d’ingénieur conseil en raison de collusion ou de corruption?

La méthode la plus directe pour calculer le quantum de l’extorsion dont furent victimes les citoyens-payeurs de taxes consisterait à établir la marge bénéficiaire des contrats publics obtenus de municipalités en cause par comparaison aux marges bénéficiaires réalisées pour des contrats du secteur privé ou provenant d’organismes publics au-dessus de tout soupçon.

Cette marge bénéficiaire (définie comme le bénéfice avant impôt, intérêt et amortissement en pourcentage du revenu provenant du contrat) devrait être supérieure pour les contrats publics obtenus dans le cadre de collusion ou de corruption. Ces montants excédentaires seraient additionnés (et on y ajouterait 20% de pénalité) pour établir le montant du remboursement à exiger de chaque société coupable de participation à la collusion. On pourrait demander au Vérificateur général du Québec de procéder à cette estimation.

Chaque société devrait s’engager à verser ce montant au rythme maximal que lui permet sa situation financière. La société devrait également fournir une lettre de garantie ou autre forme d’assurance pour garantir le paiement éventuel de la somme due.

Meilleure gouvernance

Dès qu’une firme d’ingénieur conseil aurait fourni cette garantie ou payé la somme due, elle deviendrait éligible pour soumissionner aux appels d’offre du secteur public si elle remplit une dernière condition : pour une société qui n’est pas cotée en bourse, elle devra mettre en place un conseil d’administration composé d’une majorité de membres indépendants, dont le président du conseil.

La société devra également se doter, si ce n’est déjà fait, d’un mécanisme permettant aux employés, fournisseurs ou autres d’informer, via une tierce partie qui conservera l’anonymat de l’informateur, la société de toute manœuvre douteuse, de toute situation équivoque. Cette tierce partie fera rapport au président du conseil. La société cotée en bourse devra adopter cette dernière mesure.

Enfin, il convient de soulever une question de principe.

La gouvernance des villes et municipalités chez lesquelles ont fleuri collusion et corruption souffrait de terribles carences : des contrôles faibles ou inefficaces, un aveuglement bien commode, une absence de mesures élémentaires de supervision et de surveillance. Les villes ne portent-elles pas une part de responsabilité pour cette incurie administrative qui a favorisé et entretenu les stratagèmes de collusion? Si la réponse à cette question est affirmative, alors les villes ne devraient-elles pas assumer une part des coûts résultant de toute cette immonde affaire? Pourquoi, disons 25% du montant à rembourser ne serait-il pas imputable aux villes, laissant les firmes d’ingénierie rembourser 75% du montant estimé des dommages causés (incluant la pénalité de 20%?)

Toutefois, ce qui est clair, c’est qu’il faut agir rapidement pour clarifier les responsabilités de chacun, les dommages causés et les conditions qui permettront à l’industrie de reprendre un mode de fonctionnement normal mais grandement assaini.

Les opinions exprimées dans ce texte n’engagent que l’auteur.

« Counterpoint : Taming hostile takeovers »

« The time has come to modernize the obsolete regulations of takeovers in Canada.

What’s wrong with the current system of regulations of hostile takeovers put in place in 1986 by the Canadian securities commissions? Well, it is quaint, distorting…and illegal.

For instance, empirical results provide clear evidence that the changes in U.S. state laws to increase the power of boards to “just say no” to takeovers have indeed led to far fewer hostile takeovers; but the rate of successful takeovers actually increased and shareholders received a substantially better offer for their shares. In the U.S., boards of directors with enhanced powers have extracted much better deals for their shareholders.

Take the recent case of Inmet Mining Corp. and First Quantum Minerals. Inmet’s board was dead set against a takeover by First Quantum. The latter made a bid; no other bidder has shown up. Despite the board’s opposition, Quantum simply put its offer to the shareholders. As enough of them handed in their shares the deal has been done; the takeover was successful. Under Canadian regulations, the board of Inmet had no other recourse; it believed that it was not in the long-term interest of Inmet to be acquired by Quantum at the offered price but were powerless to act. That does not make any sense.

Strangely, almost at the same time U.S. states were acting to place legal hurdles in the path of hostile takeovers, Canadian securities commissions were adopting (in 1986) rules to make hostile takeover operations easier to carry out successfully. Foremost among the reasons given for this Canadian initiative was the “protection of the bona-fide interests of the shareholders of the target company…The take-over bid provisions…should leave the shareholders of the target company free to make a fully informed decision.”

It was a strongly-held belief of regulators and a premise of the 1986 regulation adopted by the Canadian securities commissions that management was always in conflict of interest when faced with a bid for its company. Another argument invoked in 1986 assumed the appropriate regulatory approach to takeover bids is to encourage unrestricted auctions.

Whatever dubious merit there might have been to this back in 1986 (and empirical evidence does raise doubts), it now smacks of a time and circumstance that have passed on.

The time has come to modernize the obsolete regulations of takeovers in Canada. The provincial securities commissions, coordinated through the Canadian Securities Administrators, must bring forth a framework for takeover regulation that is sensitive to the realities of contemporary financial markets and complies with Canadian laws and jurisprudence as well.

  • Canadian corporate governance already incorporates what activist investors are fighting for in the United States; elimination of staggered boards and separation of power between the chair of the board and the CEO, both governance principles which make it easier to carry out a hostile takeover. Combined with the widespread practice of majority voting for board members, these features of Canadian corporate governance provide shareholders with the means and tools to punish an errant board.
  • The changes in shareholding since 1987 have been remarkable; as soon as a takeover offer is made public, the financial calculus of present shareholders coupled with the actions of specialized funds transform radically and swiftly the shareholder base of the target company. To consider these new shareholders as the “owners” of the corporation, the sole “deciders” of its fate, needing the benevolent protection of securities commissions against malevolent, conflicted management, seems like an imaginative scenario of times past.
  • The regulations adopted by securities commissions in 1986 are remarkably disrespectful of the Canadian Business Corporation Act and Supreme court jurisprudence. It is time that the CSA aligns its regulations with Canadian law; securities commissions cannot thwart the authority and responsibility of directors to act in the long-term interest of the corporation. Takeovers represent the quintessential decision about the long-term interest of the corporation and of all its stakeholders.
  • The notion that unrestricted auctions for companies are the best system flies in the face of the Canadian business context. There is rarely an abundance of credible bidders for a particular company. The board needs to be able to bargain for a higher price.
  • The quaint notion that management is, ipso facto, against the takeover of their company because of inherent conflicts of interest must be updated. Because of the changes in compensation system for executives and board members, the concern has become that management and boards may be too receptive to a takeover offer that may not be in the interest of the corporation and its stakeholders. The potential conflict of interest has switched side. Securities commissions should be alert to the appearance of that phenomenon and assess measures to limit this sort of conflict of interest.

It is urgent that the Canadian Securities Administrators adopt proposals that bring takeover regulations in line with 21st century financial markets. »

Forum économique mondial

Le président exécutif du conseil d’administration de l’IGOPP, M. Yvan Allaire, est nommé président du Groupe de travail sur l’entreprise du XXIe siècle, appelé Global Council on the Role of Business – Forum économique mondial (Word Economic Forum). Le groupe de travail réunit quelque 17 dirigeants influents du monde de la grande entreprise, du milieu universitaire et des médias.

Le professeur Allaire est membre du Council depuis 2010 et fût panéliste au Forum de Davos en 2010 et 2011.

M. Allaire entrera en fonction le 1er juillet prochain et participera à titre de président du Council à une rencontre de tous les présidents qui se tiendra à Abu-Dhabi du 18 au 20 novembre 2013. Cette session est préparatoire aux discussions qui se tiendront au Forum économique mondial de Davos en janvier 2014.

Le professeur Allaire a formulé des recommandations spécifiques et radicales pour changer le fonctionnement du système financier mondial dans des ouvrage récents coécrits avec le professeur Mihaela Firsirotu : A Capitalism of Owners (IGOPP, 2012), Black Markets and Business Blues (FI Press, 2009 ; Silver Medal of the American Independent Publishers Association) et Plaidoyer pour un nouveau capitalisme (IGOPP, 2010).

Cofondateur en 1975 du Groupe Sécor, société canadienne de conseil stratégique, il en fut le président du conseil pendant de nombreuses années. M. Allaire a agi comme conseiller auprès de la haute direction de plusieurs grandes sociétés canadiennes. De 1996 à 2001, il fut vice-président exécutif de Bombardier Inc. M. Allaire détient un Ph.D. du MIT, est professeur émérite (UQÀM) et membre de la Société royale du Canada.