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« Yvan Allaire: Shareholder Activism & Long-Term Value »

« In case you missed it last weekend, Donna Dabney, Executive Director of the Governance Center at The Conference Board posted this November 14th presentation by  Dr. Yvan Allaire presented at the Annual Meeting of The Conference Board Governance Center. His talk was titled Do activist interventions create long term shareholder value?

Allaire reviews a lot of studies and basically disputes the contention that activist interventions lead to long-term shareholder value. While I find his arguments compelling, what we really need in research going forward is much more nuanced than what his overview provides. Yes, I yield to the point that most shareholder activism doesn’t move in the direction I would like. For example, transferring wealth from employees and debt holders to shareholders only aggravates wealth disparity. Agreed – reducing cash, investment and R&D seem more likely to the hurt long-run prospects of a company. » Lire la suite

“Just Say No”

« On October 22, 2014, Institutional Shareholder Services issued a note to clients entitled “The IRR of ‘No’.” The note argues that shareholders of companies that have successfully “just said no” to hostile takeover bids have incurred “profoundly negative” returns. In a note we issued the same day, we called attention to critical methodological and analytical flaws that completely undermine the ISS conclusion. Others have also rejected the ISS methodology and conclusions; see, for example, the November analysis by Dr. Yvan Allaire’s Institute for Governance of Public and Private Organizations entitled “The Value of ‘Just Say No’” and, more generally, a December paper by James Montier entitled “The World’s Dumbest Idea.” Of course, even putting aside analytical flaws, statistical studies do not provide a basis in individual cases to attack informed board discretion in the face of a dynamic business environment. The debate about “just say no” has been raging for the 35 years since Lipton published “Takeover Bids in the Target’s Boardroom,” 35 Business Lawyer p.101 (1979). This prompts looking at the most prominent 1979 “just say no” rejection of a takeover.

In January 1979, McGraw-Hill rejected a $34 per share offer (later raised to $40) by American Express (which represented a 50% premium over the pre-offer market price). Within less than two years, the decision was completely vindicated with the shares selling in the market for more than the $40 offer price. The graph below, showing McGraw-Hill’s stock price appreciation through December 2014, further shows how right that rejection was. » Lire la suite

Le mal bureaucratique

Les gouvernements de toute couleur, de quelque persuasion idéologique sont tous porteurs du virus d’un mal pernicieux, d’apparence bénigne mais dont les effets à long terme sont débilitants, voire délétères pour la santé démocratique de nos sociétés.

Ce mal, une « bureaucratite » aigue, se manifeste par une fièvre du contrôle, une boulimie de planification, une grattelle de centralisation. Dès que les premiers symptômes apparaissent, les éléments sains au gouvernement, les partis d’opposition, les medias et les citoyens doivent agir vigoureusement et promptement pour enrayer l’infection.

Le projet de loi 15 du gouvernement du Québec, intitulé « Loi sur la gestion et le contrôle des effectifs des ministères, des organismes et des réseaux du secteur public ainsi que des sociétés d’État», offre un exemple patent de « bureaucratite » en incubation.

Constatant avec mauvaise humeur que l’on ne connait pas précisément le nombre de personnes travaillant pour le secteur public québécois, le président du Conseil du trésor, M. Martin Coiteux, annonce son intention de se « donner tous les outils pour bien dénombrer et pour savoir qui fait quoi.» La Presse, 6 juin 2014.

Puis, le gouvernement apprend et se scandalise que des organismes octroient des contrats d’emploi parfois à des personnes récemment retraitées du même organisme. Voilà comment le virus latent se transforme en mal aigu. Toute erreur est une faute ; toute faute mérite une sanction et des mesures pour en assurer la disparition à tout jamais; toute imperfection du fonctionnement de l’État est insupportable et attribuable aux contrôles insuffisants, à une planification déficiente, à une reddition de comptes défectueuse, à une vérification insuffisamment diligente et, bien sûr, à l’absence de sanctions préventives.

En treize courtes pages, le projet de loi 15 propose d’accorder au Conseil du trésor des pouvoirs nouveaux d’une étonnante amplitude.

Voyons un peu : « Le Conseil du trésor établit le niveau de l’effectif dont dispose chaque ministre pour l’ensemble des organismes publics dont il est responsable » (article 10)

« Chaque ministre responsable répartit en tout ou en partie l’effectif attribué par le Conseil du trésor…entre les organismes publics visés dont il est responsable et en informe ensuite le président du Conseil du trésor. Il communique également le niveau de l’effectif établi… aux organismes visés » (article 11).

« Une planification triennale de la main d’œuvre visant à optimiser l’organisation du travail doit être réalisée tous les trois ans (sic) par chaque organisme public. …Le ministre responsable transmet au président du Conseil du trésor la planification des organismes publics que ce dernier désigne. » (article 6)

Quels sont les organismes qui devront se soumettre à cet exercice et ce contrôle :

  • Tous les ministères, cela va de soi et le projet de loi aurait dû arrêter là;
  • Les commissions scolaires et donc toutes les écoles du Québec ;
    Les 72 CÉGEPS ;
  • L’Université du Québec et toutes ses universités constituantes ;
  • Les quelque 190 établissements de santé et services sociaux ;
  • Les 99 organismes budgétaires et autres que budgétaires ;
  • Les grandes sociétés d’État (Hydro-Québec, SAQ, Loto-Québec, etc.)

Rappelons que la plupart de ces organismes, au premier chef les sociétés d’État, préparent déjà des plans stratégiques triennaux, lesquels doivent recevoir l’approbation du gouvernement, qu’ils sont gouvernés par des conseils d’administration qui en revoient et approuvent les budgets, qu’ils doivent rendre public chaque année un rapport de leurs activités et de leurs résultats.

Il serait incongru d’imposer une telle démarche de contrôle des effectifs qui soit en ajout et sans lien avec les démarches de gestion et de gouvernance déjà en place.

Il faut une singulière ignorance du fonctionnement des organisations complexes pour ne pas subodorer les réactions et les comportements que suscitera une telle imposition. Comprenant bien qu’à la façon coutumière des bureaucraties, des diktats et des décrets ordonnant des coupures arbitraires et universelles d’effectifs suivront, tous chercheront à justifier le plus grand nombre d’employés. Le plan triennal d’effectifs, disjoint du plan stratégique et du budget, deviendra un exercice hautement politique aboutissant à des demandes collectives d’augmentation des effectifs.

Au bout du compte, ne pouvant admettre l’erreur (une bureaucratie ne se trompe jamais), il faudra augmenter la mise, ajouter des contrôles et des vérifications, demander encore plus d’information. Les ministères et le Conseil du trésor, ensevelis sous une masse de documents, émettront donc des directives générales de coupure d’effectifs sans pertinence aux véritables enjeux.

Ce gouvernement, comme tant d’autres, ne comprend pas la différence entre gouverner et gérer. Gouverner dans ce cas précis prendrait la forme d’une directive transmise par leur ministre de tutelle aux organismes et leurs conseils d’administration leur demandant d’atteindre des objectifs de réduction des coûts d’exploitation, laissant à leur initiative respective les moyens d’atteindre l’objectif.

Il ne faudrait pas faire la démonstration au Québec que Kafka était un optimiste et que George Orwell manquait d’imagination !

Les propos de ce texte n’engagent que son auteur.

Les fonds activistes créent-ils vraiment de la valeur à long terme pour la société?

Le 14 novembre 2014, le président exécutif du conseil d’administration de l’IGOPP, le professeur Yvan Allaire fut conférencier-principal « keynote speaker » à la rencontre annuelle du Governance Center- Conference Board of New-York dont les membres sont tirés des plus grandes sociétés américaines.

La présentation portait sur le thème: Do activist hedge funds create long-term value for companies?

Le professeur Allaire a pris part à un panel auquel participaient:

  • Abe Friedman, Managing Partner, Camberview Partners, LLC
  • Roy J. Katzovicz, Partner, Investment Team Member and Chief Legal Officer of Pershing Square Capital Management, L.P.
  • Modérteur: Charles Nathan, Senior Advisor, Finsbury

Colloque sur les nouveaux enjeux des régimes de retraite : que faire maintenant?

En présence de plus de 200 administrateurs, de gestionnaires et de membres des comités de retraite et de comités de placement, l’IGOPP a organisé le 17 novembre dernier, en partenariat avec la Régie des rentes du Québec un grand colloque intitulé Les nouveaux enjeux des régimes de retraite : que faire maintenant? Ce colloque  fut l’occasion d’échanger avec des experts sur la gestion des caisses qui traversent une période de turbulence qui mènera vers de nouvelles règles du jeu.

Le ministre, François Blais, responsable de la Régie des rentes, a également pris la parole à cette occasion.

Présentations disponibles des conférenciers:

Merci à nos partenaires-commanditaires:

 

Investir (ou non) en placements privés

Présentation effectuée, en novembre 2014,  par M.  Richard Guay, professeur, Département de finance, École des sciences de la gestion, ESG, UQÀM , dans le cadre d’un grand colloque intitulé les nouveaux enjeux des régimes de retraite: que faire maintenant?

En présence d’administrateurs, de gestionnaires et de membres des comités de retraite et de comités de placement, ce colloque organisé en partenariat avec la Régie des rentes du Québec fut l’occasion d’échanger avec des experts sur la gestion des caisses qui traversent une période de turbulence qui mènera vers de nouvelles règles du jeu.

Situation des régimes complémentaires au Québec et les suites du rapport D’Amours

Présentation effectuée, en novembre 2014,  par M.  Clément D’Astous, vice-président aux politiques et aux programmes à la Régie des rentes du Québec, dans le cadre d’un grand colloque intitulé les nouveaux enjeux des régimes de retraite: que faire maintenant?

En présence d’administrateurs, de gestionnaires et de membres des comités de retraite et de comités de placement, ce colloque organisé en partenariat avec la Régie des rentes du Québec fut l’occasion d’échanger avec des experts sur la gestion des caisses qui traversent une période de turbulence qui mènera vers de nouvelles règles du jeu.

Vivre jusqu’à 100 ans… le Régime de pensions du Canada sera-t-il viable? 

Présentation effectuée, en novembre 2014,  par M.  Jean-Claude Ménard, Actuaire en Chef, Bureau de l’Actuaire en Chef, Bureau du Surintendant des Institutions Financières, dans le cadre d’un grand colloque intitulé les nouveaux enjeux des régimes de retraite: que faire maintenant?

En présence d’administrateurs, de gestionnaires et de membres des comités de retraite et de comités de placement, ce colloque organisé en partenariat avec la Régie des rentes du Québec fut l’occasion d’échanger avec des experts sur la gestion des caisses qui traversent une période de turbulence qui mènera vers de nouvelles règles du jeu.

« The value of “just say no”: A Response to ISS »

« On October 22nd 2014, ISS published a note on the financial consequences for shareholders to vote “NO” to a proposed takeover. The ISS note, and its conclusion, comes at a propitious time for the Valeant cum Pershing Square attempt to take over Allergan.

The shareholders of Allergan, who may get to vote on this takeover on December 18th, are now “informed” that those shareholders who voted “No” to a proposed takeover of their company would have been better off financially, had they agreed to the takeover. “For those [proposed takeovers] which do go all the way to a vote yet remain independent, however, the abysmal subsequent returns relative to shareholders’ next best alternatives suggest something in the process has gone awry”. (ISS, The IRR of NO, page 3)

Unfortunately, the ISS note does not support such a blanket statement. Already, several commentators, notably Sabastian V. Niles of legal firm Wachtell, Lipton, Rosen & Katz (see – “Shareholder Returns of Hostile Takeovers”), have been sharply critical of the ISS paper: the very small sample size, the inclusion of two target companies with miniscule stock market value, the exclusion of a case where the shareholders eventually accepted a tender offer (thus not qualifying as a “No” vote) but only after management elicited a very large increase in bid price.

Our take on the ISS paper will highlight other debatable aspects of their analysis.

The ISS note is based on a very small sample of companies from vastly different industries (industrial gases, convenience stores, internet software, power production, etc.) and on takeover events scattered over four years. To increase their sample size, they include two micro-cap companies that should be removed from the analysis, as we shall do in the rest of this piece: Onvia (market cap-$36 million) and Pulse Electronics (market cap-$250 million). As per the ISS note, the bold numbers of Table 1a claim to represent the total market performance of the companies that have rejected the attempted takeover since the time of the “No” vote, compared to an S&P 500 index fund and “peer group” median
performance. »

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L’IGOPP à la Commission de la santé et des services sociaux

«UNE GOUVERNANCE TRANSFORMÉE POUR LE SYSTÈME DE SANTÉ QUÉBÉCOIS» : MÉMOIRE DE L’IGOPP SUR LE PROJET DE LOI 10*

Dans son mémoire présenté devant la Commission de la santé et des services sociaux concernant le projet de loi n° 10, Loi modifiant l’organisation et la gouvernance du réseau de la santé et des services sociaux notamment par l’abolition des agences régionales, l’IGOPP mentionne que le projet constitue un grand pas vers un système qui place le patient au coeur de son fonctionnement et met les responsabilités au bon endroit. Les quelques suggestions formulées dans ce mémoire pourraient bonifier cette réforme essentielle de notre système de santé.

Le modèle de gouvernance actuel, mis en place par la loi de 2011, n’a pas donné les résultats attendus. Des changements mineurs ne suffiront pas. Une gouvernance plus vigoureuse, imputable et responsable dans l’ensemble du réseau devient un préalable à la transformation de notre système de santé de façon à le rendre plus efficace et économe et placer vraiment le patient au centre de sa mission et de son activité.

Le projet de loi 10 propose donc une transformation radicale de l’organisation et de la gouvernance du système de santé québécois. Cette transformation semble s’appuyer sur quatre constats, que partage le Groupe de travail sur la santé de l’IGOPP qui a rendu public son rapport le 17 septembre 2014 (« Faire mieux autrement ») :

1. Les Agences de santé ne jouent pas le rôle prévu de coordination et de rapprochement entre les établissements de services d’une région mais sont devenues à l’usage des filiales du Ministère de la santé et des services sociaux;

2. La multiplicité de conseils d’administration, quelque 200, dans le système ainsi que les règles de gouvernance qui leur sont imposées mènent à une gouvernance bric-à-brac faite de responsabilité sans autonomie et de membres de conseil qui n’ont pas une connaissance suffisante des enjeux du secteur pour gouverner efficacement;

3. Quel que soit le partage des responsabilités entre les différents niveaux, le ministre et le ministère sont soumis à la pression critique de l’opinion publique et des partis d’opposition dès lors qu’un événement, voire un incident, survient dans l’un ou l’autre des établissements. Un problème local devient vite un enjeu incontournable pour le décideur politique. Pour l’opinion publique et les partis d’opposition, «le ministre et son ministère répondent de tout, tout le temps, tout de suite » (IGOPP, Rapport du Groupe de travail sur la santé, septembre 2014).

* Ce mémoire reprend certaines analyses et recommandations du rapport intitulé « Faire mieux autrement » par le Groupe de travail sur le système de santé québécois créé par l’IGOPP (rendu public le 17 septembre 2014).

Comment expliquer les succès de Pershing Square au CP

En 2011, Pershing Square Capital Management, fonds de couverture activiste fondé par William Ackman, procédait à l’achat d’actions afin de porter sa participation dans la société Chemin de fer Canadien Pacifique Limitée (CP) à 14,2 %. Dans des rencontres subséquentes avec le président du conseil du CP, Ackman exigea que lui et d’autres personnes choisies par lui soient nommés au conseil, que le CP change de PDG, etc. Ayant reçu une fin de non-recevoir du conseil, Ackman s’attaqua publiquement au conseil du CP, présenta des analyses qui prétendaient démontrer l’incurie et l’incompétence des dirigeants du CP. Puis, pour arriver à ses fins, Ackman s’engagea dans une mémorable course aux procurations, laquelle fut gagnée par Ackman et son fonds Pershing Square.

Cela mena à un nouveau chef de la direction, de nouveaux membres du conseil et une nouvelle stratégie pour le CP.

Les résultats de cette révolution de palais, en ce qui a trait du moins au cours de l’action du CP, furent remarquables, voire mirobolants. De septembre 2011 à septembre 2014, le cours des actions du CP a passé de moins de 49 $ CA à plus de 225 $ CA, ce qui représente un taux annuel de rendement composé de 67 % (à l’exclusion des dividendes).

Comment expliquer que l’intervention à l’égard du CP fut un tel succès apparent, alors que, dans plusieurs autres cas, le type d’activisme adopté par Ackman a connu beaucoup moins de succès. Ainsi, ses incursions dans les sociétés J.C. Penney, Target, Herbalife et Borders ont produit des résultats allant de médiocres à catastrophiques.

Un examen approfondi de la saga CP révèle qu’un certain nombre de facteurs ont joué un rôle important, facteurs que l’on ne retrouve que rarement dans d’autres interventions par des fonds activistes.

1. Un talent rare et disponible

Le chef de la direction de la Société des chemins de fer nationaux du Canada (CN), la société de chemin de fer affichant le meilleur rendement en Amérique du Nord, avait récemment pris sa retraite et arrivait au terme de ses engagements contractuels l’empêchant de se joindre à un concurrent direct. Cet homme, Hunter Harrison, est reconnu comme un leader de l’industrie ferroviaire, un opérateur hautement efficace et novateur. S’étant enrichi au service du CN, il était néanmoins prêt et disposé à accepter le poste de chef de la direction du CP.

Au Canada, une telle façon d’agir ne correspond pas au sens de l’éthique attendu des dirigeants d’entreprises. Imaginez que le performant chef de la direction de la Banque Royale, peu de temps après son départ à la retraite, se joigne à la Banque de Montréal en tant que chef de la direction. Cependant, Ackman et Harrison sont tous deux des Américains qui ne se soucient guère des mœurs et valeurs du monde des affaires du Canada.

Bien entendu, pour recruter Harrison, il a fallu y mettre le prix, quelque 44 millions de dollars en 2012. Harrison a ensuite recruté Keith Creel (alors vice président exécutif et chef de l’exploitation au CN) pour le nommer président et chef de l’exploitation du CP (et fort probablement en faire son successeur).

La possibilité de recruter le chef de la direction – récemment parti à la retraite – du concurrent le plus performant constitue une occasion rare dans la pratique. Ackman a appris cette leçon lorsque, en tant qu’actionnaire le plus important de J.C. Penney (chaîne de magasins à rayons), il a fait pression sur son conseil d’administration afin que le chef de la direction soit remplacé par la personne de son choix : Ron Johnson, alors président de la division des ventes au détail de la société Apple. Ce fut un choix désastreux. Johnson a été remercié 17 mois plus tard et a été remplacé par le même chef de la direction qu’il avait lui même remplacé.

Ainsi, un fonds de couverture « activiste » insatisfait de la performance du chef de la direction en poste d’une entreprise ciblée fait appel aux services d’un chef de la direction récemment parti à la retraite d’un concurrent direct, et celui-ci est prêt à passer dans l’autre camp et à entrer dans le feu de l’action immédiatement. Il faut avouer que c’est plutôt rare!

2.    Une industrie simple, bien définie

L’industrie ferroviaire nord américaine est extrêmement bien définie. Les mêmes sociétés desservent ce marché depuis des décennies; leurs réseaux sont bien établis. Les mesures de rendement sont uniformes au sein de l’industrie, ce qui facilite les comparaisons entre les différents intervenants de l’industrie (et facilite aussi la mobilité de dirigeants d’une société vers une autre). Ainsi, la direction, le conseil d’administration et les investisseurs ont la tâche facile lorsque vient le temps de procéder à une analyse comparative des sociétés de chemins de fer. Malheureusement pour le CP, sa performance était substantiellement inférieure à celle de ses pairs et l’écart n’a cessé de s’accroître année après année.

Toutefois, il était largement reconnu et admis (y compris par des analystes financiers attitrés à cette industrie) que des facteurs structurels incontournables étaient responsables en bonne partie de cette piètre performance du CP. Quant aux aspects de performance sous le contrôle de la direction, des plans d’action énergiques étaient en cours d’exécution pour que le rendement du CP se rapproche de celui de ses pairs dans un horizon de cinq ans. Le conseil du CP croyait fermement que ces plans d’action étaient judicieux et que le rythme d’amélioration de la performance qu’ils prévoyaient étaient approprié.

3.    Un conseil d’administration constitué de personnalités prestigieuses

Les membres du conseil du CP provenaient de l’élite du monde des affaires canadien : d’anciens chefs de la direction de la Banque Royale, de Cargill, d’Ipsco, de Shell Canada et des Distilleries Corby; des chefs de la direction en poste, des descendants de familles respectées et un ancien ministre du gouvernement du Canada. Ces personnes étaient fières de siéger au conseil d’une société emblématique dont l’histoire est étroitement liée à l’histoire même du Canada.

Ces personnalités ne manquaient assurément pas de confiance en leur capacité de gouverner la société. De fait, la qualité de leur gouvernance avait été reconnue à maintes reprises par les divers organismes qui évaluent la gouvernance des sociétés et leur attribuent des notes en conséquence.

Voilà qu’arrive un gestionnaire de « fonds de couverture » de New York qui a l’impudence de critiquer leur intendance et de prétendre qu’il sait ce que le CP devrait faire pour améliorer sa performance. Sa brillante stratégie consiste essentiellement à suggérer de façon disgracieuse que le président du conseil du CP devrait tenter de persuader l’ancien chef de la direction de la société canadienne rivale de changer de camp et de se joindre au CP!

Il y a ici sans doute une choc culturel entre les pratiques commerciales des Américains et des Canadiens ou, peut-être plus précisément, de choc entre deux modèles, deux conceptions de l’entreprise : d’une part, le modèle de loyauté réciproque et parties prenantes (« stakeholder model ») et d’autre part le modèle maintenant largement répandu (surtout aux États-Unis) de la « maximisation de la valeur pour les actionnaires ».

Le modèle traditionnel affichait des caractéristiques admirables, une préoccupation pour les multiples parties prenantes de l’entreprise ainsi qu’une loyauté envers les employés, du moins les cadres et dirigeants. Même si ce modèle s’est estompé progressivement, certaines de ses caractéristiques ont survécu dans les entreprises modernes, comme, par exemple, la politique de promotion exclusive à l’interne pour les cadres supérieurs.

Cette politique demeure bien actuelle pour de nombreuses sociétés, de GE, Johnson and Johnson, Procter & Gamble, aux banques Canadiennes et certainement au CP et au CN (et reçoit aussi un fort appui empirique de nombreuses études académiques, incluant dans l’ouvrage de Jim Collins « From Good to Great »).

Non seulement Ackman arguait-il pour l’abandon de la politique de « promotion exclusive à l’interne », mais il exhortait le CP à embaucher quelqu’un provenant d’un concurrent direct.

Bien sûr, il est également plausible qu’un conseil prestigieux, un conseil composé d’anciens dirigeants ou de dirigeants d’entreprises de l’économie réelle soit assez peu réceptif aux exhortations d’un gestionnaire de « hedge fund », d’un financier « finassier ».

4.    Appui massif des actionnaires institutionnels

Pourtant, indifférents à ces considérations, de gros investisseurs institutionnels canadiens ont appuyé l’attaque menée par Pershing Square contre le conseil du CP. Sans doute en avaient ils assez du rendement médiocre du cours des actions du CP, voyant en ce fonds de couverture un instrument leur permettant de canaliser leur frustration.

Bien souvent, ces investisseurs institutionnels investissent également dans le fonds de couverture qu’ils appuient. S’il s’avère que l’activisme du fonds de couverture est couronné de succès, ils en retirent un double avantage : d’abord ils réalisent un gain sur leur placement dans la société ciblée et, de surcroit, ils tirent profit de l’accroissement de la valeur de leur participation dans le fonds de couverture.

Les investisseurs institutionnels canadiens se sont, en quelque sorte, « américanisés », en cela que leurs politiques de placement n’accordent en général aucune considération spéciale aux préoccupations et aux valeurs canadiennes. Ils sont en fait maintenant des investisseurs motivés que par les rendements à relativement court terme et par leur objectif de surpasser les indices boursiers pour se classer dans les percentiles les plus élevés parmi leurs pairs.

Dans le cas du CP, Pershing Square a même obtenu l’appui du président d’un important syndicat des employés du CP devenu amer à la suite d’une récente et difficile négociation.

Nous estimons que ces quatre aspects de la saga du CP sont, collectivement, plutôt uniques.

Toutefois, les faits sont éloquents

Sous la gouverne d’une nouvelle équipe de direction, le CP a rapidement et admirablement amélioré son rendement. Ce qui semblait impossible à réaliser fut réalisé. Les obstacles structurels qui « expliquaient » en bonne partie le faible rendement du CP semblent avoir disparu.

Comment se fait il que le conseil du CP à l’époque, censément avisé et chevronné, ne se soit pas rendu compte des problèmes de gestion, et pourquoi n’a t il pas tenté de remettre en question l’assertion généralement admise selon laquelle des facteurs structurels permettaient d’expliquer le rendement médiocre du CP? Comment se fait il que personne n’a semblé remarquer la détérioration constante de la performance du CP? Comment se fait il qu’ils aient été satisfaits du niveau et du rythme de progression proposés par la direction?

Après tout, les critiques formulées par Pershing Square reposaient toutes sur des données publiquement accessibles. Comment le conseil du CP n’a-t-il pas été en mesure de voir ce qu’un acteur externe, Pershing Square, a pu découvrir en quelques semaines à peine? Les mesures que Harrison a réussi à mettre en œuvre rapidement après avoir assumé la direction du CP constituent une démonstration accablante à l’endroit du conseil (et de la direction) du CP à l’époque.

Dans le cas singulier du CP, un investisseur activiste a su tirer profit d’un alignement providentiel de circonstances dont le résultat aura été la création d’une valeur soutenue (jusqu’à ce jour) pour les actionnaires.

Conclusion

Dans la soirée de mercredi, le 1er octobre, marquant le début de la journée du CP avec des analystes financiers, M. Hunter Harrison commença sa présentation avec une diapositive sur laquelle étaient rassemblées des citations d’analystes financiers (dont bon nombre étaient présents dans la salle, bien que leurs noms aient été cachés) pour tourner en dérision le scepticisme dont ces derniers avaient fait preuve quant à sa capacité à améliorer le rendement d’exploitation du CP en 2012. De toute évidence, il prenait un malin plaisir à insister sur le fait que les analystes avaient été dans l’erreur et à rappeler d’un ton plein de sous entendus que les analystes financiers ne peuvent pas comprendre ce que sait un véritable dirigeant de l’industrie ferroviaire.

« Dans l’industrie ferroviaire, tout est dans l’exécution », a déclaré Harrison, citant sans le savoir Napoléon.

Eh bien, l’activisme des fonds de couverture ne porte que rarement sur l’exécution; la plupart du temps, leurs propositions consistent en des entourloupettes, en des pratiques convenues d’ingénierie financière visant à faire grimper rapidement le cours des actions, mais souvent au détriment de la flexibilité et de la croissance à long terme pour la société visée.

La saga CP n’est pas exemplaire. Il s’agit plutôt d’une exception. Elle ne devrait pas servir de démonstration de la valeur ajoutée de l’« activisme » actionnarial. En effet, si le conseil du CP n’avait pas été inhibé par des questions aussi triviales que l’éthique et les valeurs de gestion, il aurait pu sauter sur l’occasion d’embaucher Hunter Harrison. Nul besoin alors de Pershing Square!

(Les auteurs sont seuls responsables des opinions exprimées dans le présent texte)