Tous les articles par mlamnini

La sombre affaire Goldman Sachs et ses suites…

Ce vendredi 16 avril, au terme d’une enquête commencée en août 2008, la Securities ans Exchange Commission (la commission américaine des valeurs mobilières) intentait une poursuite civile contre Goldman Sachs et un de ses employés. Cette affaire nous amène au cœur du labyrinthe nauséabond qui a causé la crise financière de 2007-2008. Les dérivés de crédit (les notoires credit derivatives swaps), faussement appelés assurance-crédit, en sont l’arme de destruction massive.

Les dérivés de crédit

Pour toute assurance conventionnelle, l’assuré doit démontrer une perte réelle pour être assurable et remboursé par l’assureur. Dans le cas des «dérivés de crédit», depuis la dérèglementation en 2000 sous forme du Commodity Futures Modernization Act, les pertes peuvent être virtuelles et spéculatives. Imaginons que l’on puisse prendre une assurance sur une maison dont on n’est ni propriétaire, ni créancier hypothécaire, tout simplement parce que l’on spécule qu’elle risque de passer au feu. Éventuellement, une maison de $100,000 pourrait porter pour $800,000 d’assurance, dont $700,000 détenus par des spéculateurs. Si cela était permis, il y aurait lieu de s’inquiéter pour le sort de cette maison. (Voir Y. Allaire, Forces, février 2008)

Or, il en est ainsi avec les dérivés de crédit. Les spéculateurs peuvent miser contre la dette d’une entreprise ou d’un pays ou contre la valeur d’un ensemble de dettes hypothécaires pour des montants supérieurs à la valeur nominale de cette dette et sans jamais avoir prêté un seul sou à cette entreprise ou ce pays ou sans avoir financé un seul dollar de cette dette hypothécaire.

L’art de spéculer!

Spéculer, c’est l’art de faire des paris qu’on ne risque pas de perdre. Au cours de 2007, la débandade des marchés hypothécaires américains approche ; elle est même visible pour tous ceux qui ne sont pas aveugles ou myopes. Il faut parier contre ce marché ; c’est-à-dire, acheter une assurance-crédit (des credit derivatives swaps) sur des ensembles d’hypothèques de piètre qualité, assurance qui prendra une grande valeur lorsque ces prêts seront en défaut.

Toutefois, un as de la spéculation ne se confine pas à parier sur la déconfiture de prêts de qualité douteuse. Le spéculateur pourrait se tromper et ainsi perdre son pari. Pourquoi ne pas demander à Goldman Sachs, en les payant adéquatement, d‘assembler les prêts dont lui, le spéculateur, en l’occurrence John Paulson, aurait influencé la qualité des prêts choisis. Cet ensemble de prêts hypothécaires, ayant reçu la bénédiction des agences de notation toujours coopératives et conciliantes, serait ensuite vendu par Goldman Sachs à des investisseurs institutionnels. Qui achète cette pourriture de produits financiers ? se demande un spéculateur rapporté dans l’ouvrage de Michael Lewis, The Big Short. Les stupides d’allemands ; ils prennent au sérieux les agences de notation ; ils croient dans les règles… ! Cette infirmité assez répandue offre des opportunités financières remarquables à qui sait en profiter.

Paulson achète alors une assurance-crédit sur cet assemblage de prêts d’une banque ou d’une société d’assurance évidemment non informée de cette manœuvre. Une telle opération conduite en mars 2007 résulta en la déconfiture de cet assemblage de prêts six mois plus tard comme prévu. Paulson reçut 1 milliard $ pour une assurance qui lui avait couté 5 million $. M. Paulson, propriétaire d’un fonds de couverture (un hedge fund, un terme moins rebutant que fonds de spéculation), a gagné en argent sonnant 3,7 milliards $ en 2007 grâce à ce type d’opérations.

La Securities and Exchange Commission vient de prendre action contre Goldman Sachs pour cette transaction, mais ne retient aucune accusation contre Paulson puisqu’il n’a fait aucune représentation aux investisseurs qui ont acheté ces tranches de prêts hypothécaires.

Une analogie

Voyons ce qui se passe ici avec l’exemple d’une maison sur-assurée et les risques qu’elle encoure. Mettre le feu à une maison est un acte criminel que le spéculateur ne veut pas commettre. Toutefois, s’il pouvait influencer, en les motivant financièrement, le développeur et le constructeur à construire des maisons qui souffrent de défauts de construction les rendant hautement susceptibles de prendre feu. Ayant reçu les approbations des inspecteurs, incompétents ou soudoyés, le développeur vend les maisons et le spéculateur achète de l’assurance-incendie sur ces maisons. Celui-ci attend tranquillement qu’elles brûlent pour récolter les montants de l’assurance. Cela semble tiré par les cheveux, grotesque même, mais c’est l’accusation portée contre le développeur et constructeur Goldman Sachs.

La défense de Goldman Sachs

Évidemment, Goldman Sachs se défend avec vigueur, plaidant que le choix éventuel des prêts était fait indépendamment de Paulson, que les investisseurs, tous expérimentés en ce domaine, savaient, ou auraient dû savoir, que des fonds misaient contre ces prêts, que Goldman a perdu quelque $ 75 millions en investissant dans cette structure, etc.

Or, quelle que soit la valeur de ces arguments, le chat est bel et bien sorti du sac. Les litiges privés et les poursuites par les agences de régulation contre tous ces intermédiaires financiers vont se multiplier. Une autre belle occasion pour les spéculateurs : vendre à découvert les titres de Goldman Sachs et de toutes les firmes financières en cause et acheter des dérivés de crédit sur leurs dettes !

Ce qui est immoral mais pas illégal, voilà le terreau fertile de la spéculation.

 

Chronique pour spéculateurs néophytes

Voici quelques conseils à toute jeune personne voulant consacrer sa vie à la noble profession de  spéculateur financier :

  • Ne vous laissez jamais intimider par les jérémiades populaires et la mauvaise image de la profession. Il est de bonne guerre pour les dirigeants politiques, les chefs d’entreprises et les esprits de gauche de conspuer les spéculateurs financiers ; ceux-ci seraient une engeance malveillante, à l’affût des faibles et des vulnérables pour apaiser leur appétit insatiable de lucre. Leur but, croit-on, serait de mettre en jeu, pour leur profit, le sort des entreprises, la valeur des monnaies, le prix du pétrole, la dette des pays, et ainsi de suite. Il n’en est rien, je vous assure. Les milieux financiers et certains universitaires réputés ont raison d’affirmer que les spéculateurs jouent un rôle utile. Ils stimulent l’efficience des marchés. Ils débusquent les périls cachés sous le boisseau, montrent du doigt les empereurs dévêtus, sonnent l’alarme comme des sentinelles vigilantes du système. Les spéculateurs sont comme les canaris dans la mine de charbon, les premiers à ressentir le danger? Au lieu d’en mourir cependant, les spéculateurs en font fortune, à la condition d’avoir vu juste. Il conviendrait presque de leur décerner des médailles pour leur courage et leur audace.
  • Ne croyez pas au mythe de la super-intelligence des spéculateurs, de leur maîtrise de techniques financières ésotériques. Il s’agit d’une propagande orchestrée pour intimider la galerie, pour éviter l’afflux de nouveaux spéculateurs si la vérité était connue. Pour devenir spéculateur, il vous faut tout juste une intelligence au dessus de la moyenne, une patine de connaissances financières et le culot de demander qu’on vous donne de l’argent avec lequel spéculer. Pour convaincre les fonds institutionnels, surtout les caisses de retraite de vous faire confiance, il est utile que vous fassiez un stage chez Goldman Sachs, JP Morgan ou autre maison du genre.  Il faut que vous vous donniez-vous des airs mystérieux, que vous adoptiez des tics et des maniérismes pour vous démarquer du commun des mortels ; on attend cela d’un génie de la finance.
  • Comprenez que les lois et les règlements sont faits pour être contournés. Votre plus grand avantage comme spéculateur provient du fait que les gens ordinaires ont tendance à respecter les lois et les règlements. Qui achète cette pourriture de produits financiers ? se demande un spéculateur rapporté dans l’ouvrage de Michael Lewis, The Big Short. Les stupides d’allemands ; ils prennent au sérieux les agences de notation ; ils croient dans les règles… !  Cette infirmité assez répandue offre des opportunités financières remarquables à qui sait en profiter. Recherchez les failles, les zones grises des règlementations ; sachez que toute dérèglementation financière offre de nouvelles occasions de spéculation. La crédulité des investisseurs et leur appât du gain sont vos meilleurs alliés. Ciblez ce qui est immoral mais pas illégal comme terreau de spéculation.
  • Trouvez un maître à penser, un modèle à émuler. Avant de créer votre propre petite niche de spéculateur, apprenez les secrets et les trucs des grands spéculateurs. Par les temps qui courent, je ne peux vous suggérer mieux que John Paulson. M. Paulson, gestionnaire d’un fonds de couverture (un hedge fund, un terme moins rebutant que fonds de spéculation ; apprenez l’art de dissimuler vos intentions), a gagné en argent sonnant 3,7 milliards $ en 2007, 2 milliards en 2008 et 2,3 milliards en 2009.  Comment fait-on pour gagner 8 milliards $ en trois ans avec une petite entreprise qui emploie 51 personnes à faire du pari financier?

Ah, chers néophytes, spéculer, c’est l’art de faire des paris qu’on ne risque pas de perdre. Observez le Maître au cours de 2007, son année faste. La débandade des marchés hypothécaires américains approche ; elle est même visible pour tous ceux qui ne sont pas aveugles ou myopes. Il faut parier contre ce marché ; c’est-à-dire, acheter une sorte d’assurance (les notoires credit derivatives swaps) sur des ensembles d’hypothèques de piètre qualité, assurance qui prendra une grande valeur lorsque ces prêts seront en défaut.

Toutefois, un Maître de la spéculation ne se confine pas à assurer des prêts dont le profil lui semble douteux. Le Maître pourrait se tromper et ainsi perdre son pari.

Pourquoi ne pas demander à ses amis chez Goldman Sachs, en les payant adéquatement, d‘assembler les prêts que lui, Paulson, choisirait justement en raison de leur très faible qualité. Cet ensemble de prêts hypothécaires, ayant reçu la bénédiction des agences de notation toujours coopératives et conciliantes, seraient ensuite vendus par Goldman Sachs à des investisseurs institutionnels crédules. Paulson achèterait une assurance sur cet assemblage de prêts d’une banque ou d’une société d’assurance (ABN-Amro dans ce cas précis) évidemment non informée de cette manœuvre.

Une telle opération conduite en mars 2007 pour 1 milliard $ résultat en la déconfiture de cet assemblage de prêts six mois plus tard comme prévu. Paulson reçut 1 milliard $ pour une assurance qui lui avait couté 5 million $.

La Securities and Exchange Commission vient de prendre action contre Goldman Sachs pour cette opération, mais ne retient aucune accusation contre Paulson puisqu’il n’a fait aucune représentation aux investisseurs qui ont acheté ces tranches de prêts hypothécaires.

Classe, applaudissez le Maître.

Prise de position no 5 de l’IGOPP

L’IGOPP soutient qu’il n’est pas approprié ni opportun d’imposer une démarche de vote consultatif sur la rémunération « Say-on-Pay » à l’ensemble des entreprises canadiennes

Au moment où plusieurs grandes institutions financières canadiennes consultent ces jours-ci leurs actionnaires sur la question de la rémunération de la haute direction, l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP) soutient dans une prise de position rendue publique aujourd’hui qu’il n’est pas approprié ni opportun d’imposer cette procédure du vote consultatif à l’ensemble des entreprises au pays.

Dérive grecque ou crise des dérivés?

Le journal parisien Le Monde titre le 11 mars 2010: Un front pour interdire la spéculation sur les produits dérivés. La France, l’Allemagne, la Grèce et le Luxembourg demandent à Bruxelles de mettre un terme aux « transactions spéculatives ».

Pour les dirigeants politiques, les chefs d’entreprises et l’ensemble des citoyens, les spéculateurs financiers seraient une engeance malveillante, à l’affût des faibles et des vulnérables pour apaiser leur appétit insatiable de lucre. Leurs manigances et leurs manœuvres, toujours immorales, souvent à la limite de la légalité sinon carrément illégales, infligent de graves dommages à toute société qui leur laisse libre cours. Leur but, croit-on, est de mettre en jeu, pour leur profit, le sort des entreprises, la valeur des monnaies, le prix du pétrole, la dette des pays, et ainsi de suite.

Toutefois, à en croire certains dans les milieux financiers et académiques, les spéculateurs jouent un rôle utile. Ils stimulent l’efficience des marchés. Ils débusquent les périls cachés sous le boisseau, montrent du doigt les empereurs nus, sonnent l’alarme  comme des sentinelles vigilantes du système. Les spéculateurs sont comme les canaris dans la mine de charbon, les premiers à ressentir le danger? Au lieu d’en mourir cependant, les spéculateurs en font fortune, à la condition d’avoir vu juste. Il conviendrait presque de leur décerner des médailles pour leurs profits de spéculation! […]

Lire la suite

Le vote consultatif sur la rémunération des dirigeants

L’IGOPP soutient dans cette prise de position qu’il n’est pas approprié ni opportun d’imposer cette procédure du vote consultatif à l’ensemble des entreprises au pays.

« Les arguments en faveur ou contre un vote consultatif des actionnaires sont multiples. D’une part, un sentiment d’iniquité et la frustration qu’ont engendré certaines pratiques de rémunération des dirigeants rendent sympathiques des mesures plus directes, plus interventionnistes que celles utilisées par le passé. D’autre part, une gouvernance pleinement assumée par des conseils d’administration responsables et imputables forme la pierre angulaire du fonctionnement des sociétés cotées en Bourse, » affirme le président du conseil de l’IGOPP, M. Yvan Allaire.

Un argument souvent invoqué pour appuyer la démarche d’un vote consultatif des actionnaires sur la rémunération est à l’effet que cette mesure incitera les conseils d’administration à établir une communication avec les investisseurs institutionnels qui sont actionnaires de l’entreprise. Une telle démarche permettrait à ces investisseurs d’exprimer leurs attentes et leur réticence.

« Il faut noter que de telles consultations se sont tenues par le passé avec un certain bonheur, bien que certains prétendent que sans l’arme d’un vote cette consultation est moins efficace » d’ajouter M. Allaire.

«Il faut bien insister sur le fait que la démarche de vote consultatif (« say-on-pay ») sur la rémunération manifeste une méfiance, méritée ou non, envers les conseils d’administration. Derrière cette démarche se profile un déplacement significatif de responsabilité pour la gouvernance des sociétés du conseil vers les actionnaires… Si on ne peut se fier aux administrateurs d’une entreprise pour prendre de bonnes décisions en ce qui a trait à la rémunération de la haute direction, comment les actionnaires peuvent-ils leur faire confiance pour d’autres décisions tout aussi importantes ?» soutient M. Allaire.

Lors de plusieurs des assemblées annuelles des entreprises de services financiers, les actionnaires auront à se prononcer sur l’approche du comité de rémunération pour établir la rémunération des dirigeants. Cette démarche a été précédée, peut-on présumer, de consultations entre les grands actionnaires et les membres des conseils de ces entreprises.

«Mais si l’appui à cette approche devait aboutir dans quelques années à d’importantes et indéfendables sommes versées en rémunération, personne ne pourrait se plaindre car les actionnaires auraient formellement approuvé le processus aboutissant à ces rémunérations» de dire le directeur général de l’IGOPP, Michel Nadeau.

«Dans les cas spécifiques de rémunérations problématiques, les investisseurs institutionnels devraient proposer une consultation de l’ensemble des actionnaires pour permettre l’envoi d’un message dissuasif et punir les conseils délinquants. Ultimement, les investisseurs devraient être prêts à utiliser leur droit de vote (ou de «s’abstenir») pour contrer l’élection de certains administrateurs dans les quelques cas où le conseil n’aurait pas agi de façon responsable,» de continuer M. Allaire.

Un vote consultatif des actionnaires pourra renforcer le lien entre la performance des dirigeants et leur rémunération, affirment certains. Et ce rapport devrait être exprimé dans des termes mesurables et quantifiables pour ainsi faire la démonstration aux actionnaires que la rémunération de la direction est pleinement justifiée. Or, la performance de dirigeants de haut niveau ne peut être réduite qu’à des variables quantitatives. Les membres d’un conseil d’administration doivent se servir de leur jugement pour évaluer la performance d’un dirigeant de haut niveau,» d’ajouter Michel Nadeau.

Les frissons de Davos!

Davos, le 1er février 2010

Si un vent de panique soufflait sur Davos en 2009, la trame de la conférence de 2010 fut un long soupir de soulagement entremêlé de multiples frissons. La crise financière s’estompe. La catastrophe fut évitée. Tout allait rentrer dans l’ordre, du moins c’est ce que prétendaient et espéraient les forces du statu quo, habilement représentés à la conférence.

Toutefois, on ressentit tout au long de ce remarquable forum une insaisissable tension, le bruissement de frissons qui ne faisaient pas tout à fait une angoisse.

Le frisson macro-économique

De toute évidence, la crise financière d’origine micro-économique aurait pu mener à la catastrophe, n’eut été de l’intervention massive des gouvernements. Or, cette intervention a semé les germes d’une possible crise d’origine macro-économique : un endettement publique insupportable, un risque d’inflation déchaînée, la hantise de taux d’intérêts grimpants, la pression sur les monnaies, en particulier sur l’euro. Les premiers signes d’un tel scénario arrivèrent à Davos en même temps que le premier ministre de la Grèce.

Le frisson d’une telle crise fut peut-être le seul sentiment universellement partagé, le seul souffle commun d’une mondialisation en fracture. En fait, l’ultime et grinçante ironie fut d’entendre les financiers faisant la leçon aux gouvernements, incitant ceux-ci à la prudence fiscale et à la réduction urgente de leur dette publique!

Le frisson chinois

La Chine fut au centre des discussions à Davos.  Fortement et habilement représentée, la Chine se défendit, sans convaincre, d’entretenir des visées  «impériales », feint une modestie que démentait l’assurance, confinant à la morgue, de ses représentants.

Les propos des délégués du gouvernement chinois furent disséqués, soupesés pour en saisir toutes les nuances et les sous-entendus. Davos 2010 fit constater un Japon rapetissé, une Europe incertaine, une Amérique ébranlée, l’ascendance de l’Inde et de la Chine.

Davos 2010 marqua en fait la sortie en force de la Chine dans l’univers de la finance et de l’économie. Au modèle anglo-saxon, dominant depuis 1989, fait de marchés libres, d’une finance déréglementée et d’une démocratie omniprésente, la Chine oppose un modèle fait de gouvernement autoritaire d’un capitalisme de sociétés d’État et de marchés progressivement libérés.

Avec une croissance économique qui ne connaît pas la récession, la Chine affirma subtilement la supériorité de son modèle sur celui qui faillit faire basculer les économies occidentales dans l’abîme. La perspective que le succès du modèle chinois perdure et suscite l’émulation des pays émergents donne le frisson.

Autre frisson chinois; et si l’économie chinoise n’était qu’une autre bulle, si sa croissance était insoutenable sans l’avantage d’une monnaie faible, si la Chine trébuchait, le monde se casserait-il la figure?

Le frisson réglementaire

Les hommes et les femmes politiques ont tenu à Davos des propos inquiétants pour les milieux financiers, leur ont donné le frisson. Le président Sarkozy fit un discours enflammé et  pugnace dans lequel il promit qu’un «capitalisme moral » remplacerait le capitalisme financier des dernières années. La crise que nous traversons n’est pas une crise du capitalisme. C’est une crise de la dénaturation du capitalisme. C’est une crise liée à la perte des valeurs et des repères qui ont toujours fondé le capitalisme. Le capitalisme a toujours été inséparable d’un système de valeurs, d’un projet de civilisation, d’une idée de l’homme…

Le capitalisme purement financier est une dérive dont on a vu les risques qu’elle faisait courir à l’économie mondiale. Mais l’anticapitalisme est une impasse pire encore.

Larry Summers, au nom du président Obama, a également tenu un sombre propos sur la nécessité de réformer le système financier américain. Même le premier ministre Harper, ayant souligné avec la modestie qui convient à un canadien la solidité de notre système bancaire, y est allé de mises-en-garde et d’invitations à la vigilance.

Le propos de la gente politique fut vigoureux, parfois virulent mais avait-il pour seul objet de tirer un capital politique de la fureur populaire à l’égard des «banquiers »? On jugera aux résultats, mais les « banquiers » ont déjà entrepris à Davos une opération de relations publiques bien orchestrée. Le propos est sobre, raisonnable, et modéré. On reconnaît les erreurs et la nécessité d’une certaine réglementation. On rappelle que les causes de la crise furent multiples et complexes. Il serait malsain et injuste de faire des banquiers les boucs émissaires de cette crise. Bien sûr, disent-ils, il faut réglementer mais avec modération afin de ne pas étouffer l’innovation et étrangler le dynamisme des marchés financiers si essentiels au développement économique!

À propos des rémunérations fastes des gens du milieu, motus et bouche cousue. Comment défendre l’indéfendable? Par un silence embarrassé, un haussement d’épaule entendu. Lorsque la question est soulevée, elle reste sans réponse, comme si un gros mot avait été lâché. Le frisson avant-coureur du gros bonus qui vient.

Le frisson protectionniste 

Sans l’avoir vraiment voulu, Davos devint par le passé la tribune favorite de tous les chantres de la mondialisation et de ses bienfaits. Ceux-ci avaient la voix enrouée cette année. Une reprise économique anémique, incapable de comprimer le chômage dans les économies dites développées, fit souffler le vent froid du protectionnisme sur Davos.

Le représentant du Président Obama, Larry Summers, a réaffirmé du bout des lèvres l’engagement des États-Unis envers le libre échange. Toutefois, il faut comprendre, dit-il qu’aux États-Unis, “un homme  sur cinq âgé de 25 à 54 ans est présentement au chômage. Si la reprise  se confirme, cela pourrait être un sur sept. Avant la crise, 95% de cette population avait un emploi. Cela aura des répercussions importantes sur notre  politique”.

Toutefois, le ton se faisait menaçant d’allusions visant la Chine, qui ne peut, a-t-on affirmé maintes fois, bénéficier du libre-échangisme des autres tout en pratiquant une politique mercantiliste à son avantage.

On ne peut pas d’un côté prôner le libre-échange et de l’autre tolérer le  dumping  monétaire, dit le président Sarkozy, dans une allusion transparente à la Chine.

Le frisson éthique

Les organisateurs du Forum 2010 souhaitaient de toute évidence un débat de fond sur les valeurs, sur leur défaillance, précurseur de la crise financière ainsi que sur les moyens d’en affirmer le rôle à l’avenir.

Les opérateurs financiers comprirent vite que cette « conversation » les servirait mal. Les appels à la modération, à la solidarité, à l’engagement social, au partage eurent de faibles échos. L’éthique, c’est la résistance des valeurs sous pression. Or, le système d’incitatifs et de motivations a créé une telle pression que les valeurs ont cédé. On comprit qu’un changement de ce système était préalable à l’émergence et la floraison des valeurs sociales. Une telle perspective donne le frisson à ceux qui ont profité et comptent bien profiter encore du système en place. Le courant éthique ne passa que faiblement à Davos 2010.

Conclusion

Davos 2010 fut un moment et un lieu d’affrontements feutrés. Les forces de la réforme et de la résistance ont pu se jauger, se mesurer. Le Forum économique mondial (l’organisme qui tient la conférence de Davos) a mis sur pied un nombre de groupes de travail (ou « councils ») rassemblant des personnes aux opinions variées et intérêts divergents autour d’un thème à débattre et de recommandations à formuler.

« Il faut repenser, refaçonner, rebâtir ce monde, un monde où les multiples parties prenantes auraient leur place et seraient entendues, un monde de justice et d’équité, de créativité  et de solidarité » dit le professeur Schwab, le fondateur du Forum économique de Davos. Noble cause, redoutable défi, frisson d’espoir!

 

Le professeur Allaire était paneliste au forum de Davos 2010. Il est également membre du Council on Global Business Issues du World Economic Forum. Les professeurs Allaire et Firsirotu sont co-auteurs de l’ouvrage Black Markets and Business Blues (FI Press, 2009) à propos de la crise financière et de la réforme du capitalisme.

L’IGOPP à Davos en 2010 !

Suite à la publication de son ouvrage (avec le Professeur Mihaela Firsirotu) Black Markets and Business Blues, le professeur Allaire fut invité à se joindre au « Global Agenda Council on the Role of Business » récemment créé par le World Economic Forum

Le président du conseil de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), le professeur Yvan Allaire participera au prochain sommet de Davos. Dans la suite de la publication de son ouvrage (avec le Professeur Mihaela Firsirotu) Black Markets and Business Blues, le professeur Allaire fut invité à se joindre au « Global Agenda Council on the Role of Business » récemment créé par le World Economic Forum.

Ce groupe de travail* a pour mandat de réfléchir au rôle de l’entreprise dans la société et de formuler des propositions d’action de portée globale. Les recommandations préliminaires du groupe de travail seront présentées au prochain sommet de Davos en janvier prochain. Membres du Global Agenda Council on the Role of Business :

  • Yvan Allaire, Chair, IGOPP Canada
  • Dominic Barton, Worldwide Managing Director, McKinsey & Company, United Kingdom
  • Samuel A. DiPiazza Jr, Chief Executive Officer (2001 2009),PricewaterhouseCoopers International, USA
  • William W. George, Professor of Management Practice, Harvard Business School, USA
  • Rosabeth Moss Kanter, Arbuckle Professor of Business Administration, Harvard Business School, USA
  • Georg Kell, Executive Director, Global Compact Office, United Nations, New York
  • Jack Ma Yun, Founder and Chief Executive Officer, Alibaba.com, People’s Republic of China
  • Takeshi Niinami, President and Chief Executive Officer, Lawson, Japan
  • Indra Nooyi, Chairman and Chief Executive Officer, PepsiCo, USA ; Member of the Foundation Board of the World Economic Forum
  • Tarek Sultan Al Essa, Chairman and Managing Director, Agility, Kuwait
  • Werner Wenning, Chairman of the Board of Management, Bayer, Germany

Finance et gouvernance des caisses de retraites

Six conférences-ateliers préparés par l’IGOPP afin de répondre de façon concrète aux préoccupations réelles et quotidiennes des administrateurs, gestionnaires et membres des comités de retraite et de comités de placement

Pour tirer des leçons des mouvements extrêmes des marchés financiers de 2008 suivis de l’euphorie des neufs derniers mois de 2009 et surtout prendre les décisions qui s’imposent dans le contexte nouveau de la décennie 2010, l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP) est fière d’offrir aux membres des comités de retraite et de placement six conférences-ateliers préparées par des praticiens reconnus.

Limité à 30 participants, ces conférences-ateliers de quatre (4) heures se veulent des échanges entre des personnes solidement impliquées dans la gestion des portefeuilles et des caisses de retraite.

L’objectif de l’IGOPP est que, par la contribution des formateurs et la dynamique de ces conférences-ateliers, les membres des comités de retraite adoptent de meilleures pratiques tant du côté finance que gouvernnace. Les membres pourront aussi apporter au sein de leur comité des idées solides et des réflexions nouvelles au bénéfice de tous les participants de leur régime.

Célébration de l’excellence en gouvernance d’entreprise

Les lauréats de la 8ième édition du concours « Excellence en gouvernance d’entreprise » organisé par Korn/Ferry International et le magazine Commerce seront dévoilés le 2 février prochain lors d’une soirée-gala.

Un hommage sera rendu à l’administrateur émérite de l’année, monsieur Pierre Côté, ainsi qu’aux conseils d’administration qui se sont démarqués par leur politique de rémunération, dans les catégories Grandes et Moyennes entreprises.

Parmi les membres du jury figurent Yvan Allaire et Claude Lamoureux, membres du conseils d’administration de l’IGOPP.

« Saving private enterprise!! »

« THIS TEXT IS ADAPTED FROM THEIR RECENTLY PUBLISHED BOOK BLACK MARKETS AND BUSINESS BLUES.

Capitalism, famously wrote Karl Marx, bears the seeds of its own destruction. Yet Marx was blind to capitalism’s ability to renew itself and soar, Phoenix-like. The last time this happened, after its near-death experience in the 1930s, governments had to salvage a battered, discredited capitalism and give it a new lease on life, albeit a tightly regulated one. The managerial capitalism that resulted was dominant from the 1930’s to the late 1970’s. Then, our industrial system was slowly nudged away from that model and replaced by a financially driven capitalism.

The recurring financial fiascos since the 1980s — including the most recent — share  common underlying factors rooted in warped values and a peculiar model of business ownership  This model, which was gradually, slowly, ushered in over the last 30 years, has infected all parts of the economy and was promoted in all parts of the world:

  • Publicly listed company “owned” by an array of funds, many of them with short-term goals;
  • Pressured by sharp, international competition for its products and services;
  • Fastidiously governed by “independent” directors;
  • Managed by a mobile executive class MOTIVATED by stock options and other compensation schemes to work exclusively for these “shareholders” (with short-term goals);
  • Surrounded by speculative funds free to play all sorts of lucrative games with the company’s shares and debt.

All the key players of the last financial crisis, with the exception of hedge funds and pension funds (including at least one credit rating agency, Moody’s), were publicly traded companies subjected to the kind of pressures described here. Even the investment bankers, the Bear Stearns, Lehman Brothers and others, which historically were organized as partnerships, had become publicly listed corporations during the 1990s.

The financial crisis should be a Eureka moment, an epiphany, an eye-opener. However, this crisis may well fade away without some fundamental assessment of its causes. Influential players will seek to preserve the status quo in slightly modified form, adding a pinch of regulations, a drop of oversight to the mix and, perhaps, to divert public anger away from the politicians and real causes, some criminal trials and jail terms for the visible few.

For the foreseeable future, the open, highly competitive product-and-service markets will continue to exert pressure on the performance and survival of companies. The short-term focus and relentless pressures for EPS (earnings per share) growth exerted by financial markets are highly detrimental. That is the paradox: the more competitive the markets for products and services, the less pressure for short-term profits should come from “company owners.”

Precisely because product-and-service markets are so competitive, financial markets should not pile on companies, bully them for short-term results and black-mail them in the very times when these companies are fighting a tough competitive battle. They need the time and the latitude to adapt, to innovate, and to put in place strategies for the future, without financial speculators breathing down their necks.

Notwithstanding the current agitation, financial markets will not change. There’s too much money to be made with this model of the corporation. Different forms of ownership are required to insulate the economy of a society from these crisis-mongers. Fortunately, the Canadian industrial structure already contains a significant number of large companies and industrial champions, which, by virtue of their ownership, are immune to financial market shenanigans or may, with relative impunity, tell financial operators and short-term speculators to go fly a kite.

For instance, the 100 largest business corporations in Canada in 2008 (on the basis of revenues) exhibit the following ownership structures: Publicly-traded with a controlling shareholder (19); State-owned corporations (13) ; Subsidiaries of foreign companies (13); Privately-owned companies(11); Cooperatives (3); Publicly-traded and widely held corporations(41). Several of these 41 companies are also subject to government-enforced restrictions on their ownership (banks, insurance companies, etc.)

Similarly, The Conference Board of Canada identified (in a 2005 report) 43 Canadian champions that it defines as companies with more than $ 1 billion in revenues and a significant position in their respective international markets. The ownership structure of these “champions” has provoked little curiosity. Three widely held, publicly traded companies have already been taken over. Of the 40 remaining, six are privately owned and fourteen are publicly traded but with a controlling shareholder. We need more of them.

Government policies should be framed in ways that foster the growth of these forms of company ownership with stable, long-term shareholders. Policy prescriptions should also curtail the most damaging form of executive compensation: the stock options. We are convinced that a modicum of social trust, loyalty and reciprocity must be re-built in publicly traded companies. We are also convinced that this will not happen with the compensation models currently in use in most companies.

In the universe of widely held corporations, no single company can, with impunity, flaunt the rules of a distorted game. Governments must act. Societies and their governments have a small, rapidly closing, window of opportunity to make fundamental changes before the shaken, destabilized maestros of finance recover their aplomb. Whether the lessons of this crisis lead the U.S. to adopt truly different economic arrangements remains unanswered, even doubtful. So be it.

Canadian policy-makers should learn the true lessons of our recent brush with worldwide financial catastrophe. Globalization notwithstanding, Canada should build on its very own foundation of regulations and on forms of business ownership impervious to financial legerdemain and the short-term pressures of financial operators ».

Le monde selon Goldman Sachs

«He who knows he has enough is rich» Tao Te Ching

(tiré et adapté de Black Markets and Business Blues, ouvrage de Yvan Allaire et Mihaela Firsirotu)

Admittedly, this is no easy task. The Hockin Report is the third attempt in recent years at selling the idea. Which combination of carrot and stick can sway those provinces that are still reluctant to hand over to a federal or national organization their regulatory and supervisory powers of securities markets?

Instead of focusing on the major overhauls of the global financial system, the Canadian finance minister seems determined to nationalize our provincial securities regulators, risking a constitutional confrontation in the process – which is exactly what Canada needs in these turbulent and uncertain times.

Keep in mind that securities commissions played a minor, very minor, role in the on-going global financial melt-down. Even when it comes to our own contribution to the financial drama, the ABCP crisis, a study conducted for the Hockin Expert Panel states:

The ABCP crisis turns out to be a poor test with respect to arguments in favor of greater consolidation of regulatory responsibility… The case for consolidation would be strengthened if there is evidence that communication between different parts of a single agency proves more effective than communication among agencies. (Chant, 2008, p.46)

At any rate, the crisis originated, and has been most damaging, in the United States and United Kingdom, both countries which have had a national securities commission in place for a very long time.

It is also argued that the complexity of the current structure with 13 securities commissions is bound to increase costs for issuers and make enforcement less effective. It makes sense, does-it-not, that a single, national securities commission would be so much more effective. The merger of several cities and towns into the Greater Montreal was also to lead to cost efficiency, lower taxes and better quality of service. Well, it is wise to be sceptical about this one too.

But the debate may go on ad nauseam and probably will before the courts. However, a somewhat thorny issue does not seem to have been addressed by the Hockin Report nor by its predecessors.

The Hockin Report proposes that any publicly traded company could opt to be regulated by the federal, or national, securities commission rather than by the securities commission of the province where the company keeps its legal residence. Does that mean that this federal or national commission would have to require all publicly traded companies to communicate with their investors in both official languages?

Indeed, would a francophone investor, regardless of where he or she lives in Canada, be entitled to receive a French version of annual reports and all other financial communications published by a publicly traded, federally regulated, company?    Canadian consumers are informed of the contents of their cereal box in either official language wherever in Canada they’re having breakfast. So why would it be any different when it comes to a national organization that is supposed to ensure Canadian investors are adequately informed about their investments?

Let’s look at a concrete example. In the spring of 2008, Visa Inc. became a publicly listed company in Canada. To avoid the financial costs and delays involved in translating its (503-page) prospectus and related documents, Visa decided not to distribute and sell its shares to Quebec investors.

How would that be possible if Visa had been regulated by a national, or federal, commission? How could a federal agency endorse such a scenario, depriving francophone investors outside of Quebec as well as in Quebec from information in French?

This is not a minor issue. The cost to produce legally binding translations of all documents is enormous. At this time, even among the 253 largest listed companies in Canada, the companies making up the TSE-S&P Index, only 81 (37%) publish their annual report in French and in English. Only 60% actually provide a French version of the all-important Management Information Circular, the document that provides information on executive compensation, proposes board members for election as well as any special resolution to be voted on by the general assembly of shareholders.

For the thousands of smaller companies listed on Canadian exchanges, the problem would be even more formidable.  Proponents of a national, federal, securities commission better answer those questions before proceeding too hastily with their plan. Were a national securities commission to require that all communications of publicly traded companies with their investors be available in both official languages, the cost would be astronomical.

La cupidité

La cupidité est une maladie contagieuse et insidieuse. Elle prend des proportions épidémiques de nos jours alors que l’on cherche toujours et en vain le vaccin, le remède pour nous protéger de ce mal.

La cupidité se propage dans toute une société par un phénomène d’envie du bonus de l’autre, par le sentiment d’être sous-payé pour la « valeur » de ses services, relativement parlant…

Voyons un  peu. M. Lloyd C. Blankfein, le PDG de Goldman Sachs reçoit une rémunération annuelle qui fait dans les $70 millions en 2007. Les options sur le titre et les actions qu’il détient valaient au 31 décembre 2008 quelque $257 millions. L‘année 2008 en fut une de vache maigre ; l’entreprise vacilla un moment au bord de la déconfiture dont elle fut réchappée par l’intervention du gouvernement américain et ses agences. M. Blankfein reçut une pitance de rémunération en 2008 : $1,1 million.

Or, 2009 s’annonce bien pour Goldman Sachs qui se prépare à payer quelque $20 milliards en rémunérations pour l’année. Comme Goldman, Sachs compte quelque 34 000 employés (en incluant le personnel surnuméraire et temporaire, les commis et secrétaires), ce montant équivaut à quelque 588 000 par employé.  Ce chiffre est évidemment sans intérêt, Goldman Sachs n’étant pas une entreprise socialiste. Il serait plus intéressant de connaitre le montant des bonus que recevront les 120 employés pour qui Goldman Sachs s’est procuré, tôt et à fort prix, des vaccins contre la grippe H1N1.

La rémunération de mes amis…

Parions que M. Blankfein et ses collègues recevront des bonus qui corrigeront leur manque à gagner de 2008 et cela malgré les protestations, les pressions politiques et même les démonstrations devant le siège de la société. Comment peut-on être si insensible à la fureur populaire ? Parce que ces gens estiment qu’ils sont en fait sous-payés ! Comprenez donc que les amis de M. Blankfein, ses compagnons de golf, ses voisins dans les Hampton, son groupe de référence, sont des gestionnaires de fonds de spéculation (appelés trompeusement « hedge funds »). Sa vie sociale et professionnelle tourne autour de gens comme ces cinq gestionnaires de hedge funds les mieux payés en 2007:

  • John Paulson (rémunération : $3,7 milliards);
  • George Soros ($2,9 milliards),
  • James Simons ($2,8 milliards),
  • Philip Falcone ($1,7 milliards),
  • Ken Griffin ($1,5 milliards).

En fait, les 25 gestionnaires de fonds de spéculation les mieux payés en 2007 gagnèrent collectivement quelque U.S. $16 milliards, une rémunération de $360 millions étant le seuil pour faire partie de ce club sélect. Cette paye collective représente trois fois la rémunération totale des 500 PDG des entreprises américaines composant l’indice du Standard & Poor , ceux-là même dont les investisseurs décrient la rémunération excessive et la cupidité .

M. Blankfein ne se qualifie même pas, et de loin, pour faire partie de ce club. Pourtant Goldman Sachs est devenu en fait un énorme « hedge fund ». Des $30 milliards de revenus réalisés au cours des neuf premiers mois de son exercice 2009, 80% provenaient d’activités de « trading », le même type d’activités auquel s’adonnent beaucoup de hedge funds.

Ne serait-il pas normal que l’on compare la rémunération de M. Blankfein à celle des dirigeants de hedge funds ? Alors, il semble sous-payé ; M. Blankfein et ses collègues se feraient-ils exploiter!

Entre le profit et l’ignominie…

Pourquoi Goldman Sachs et les autres banques d’affaires ainsi que des fonds de privatisation et de couverture (hedge funds) décident-ils de se transformer en sociétés par actions cotées en Bourse, malgré le risque évident de s’attirer les foudres de l’opinion publique et des politiciens pour leurs rémunérations « scandaleuses » au vu et au su de tous?

Tout simplement parce que cette forme de propriété s’avère plus avantageuse pour ces gestionnaires de fonds que la formule conventionnelle, laquelle consiste à se faire payer 2% de l’actif en frais de gestion et de retenir 20% des profits sur les placements à titre de rémunération incitative. En fait, en transformant un hedge funds en une société par actions cotée en Bourse, la relation est quasiment inversée. Les actionnaires sont heureux (du moins l’étaient) de recevoir une portion congrue des profits sous forme de dividendes pourvu que le titre gagne en valeur de façon à produire un rendement approprié pour les actionnaires.

Goldman Sachs, devenue société publique, s’assure de calibrer les rémunérations variables de façon à :

  • réinvestir une part suffisante des profits pour que la valeur comptable de l’action augmente de 20% par année ;
  • réaliser un rendement de quelque 20% sur l’avoir des actionnaires;
  • maintenir une augmentation du bénéfice par action de 10% à 15% par année.

Tous les montants qui ne sont pas requis pour ces fins sont versés en rémunérations aux dirigeants et spécialistes de la firme ! Ce montage financier garantit, sauf en une année catastrophique comme 2008, une plus-value importante de la valeur boursière du titre. Le titre a en effet produit un rendement de quelque 14% composé annuellement depuis que la société est devenue publique en mai 1999, et ce en dépit de la crise boursière de l’automne 2008 (et de 17,2% jusqu’en octobre 2007, la date non officielle du début de la crise financière).

Ainsi, pour les neuf premiers mois de 2009, Goldman, Sachs a réalisé un bénéfice net de $7,4 milliards et versé en dividendes $350 millions et en rémunérations $16,7 milliards ! Même les investisseurs les plus dociles dans les fonds de couverture auraient protesté devant une telle distribution des argents. Cependant, puisque Goldman, Sachs est une société cotée en Bourse, ses investisseurs réalisent une forte plus-value par la valeur boursière du titre, plus-value qu’ils peuvent monnayer en tout temps en vendant leurs actions.

Ce tour de passe-passe, leur conversion en société publique, devint irrésistible malgré les désagréments d’une gouvernance pointilleuse, de divulgations onéreuses et, dans le cas des rémunérations, du ressentiment populaire. Leur erreur, évidente après coup seulement, fut de sous-estimer comment une société par actions cotée en Bourse et obligée de dévoiler les rémunérations des cinq dirigeants les mieux payés, pouvait devenir l’objet d’une si virulente opprobre populaire.

Conclusion

Hélas, ce phénomène de cupidité qui se justifie par la cupidité supérieure de l’autre contamine tout le tissu économique et toute la société. Les dirigeants d’entreprises comparent leur rémunération et, quel qu’en soit le niveau, en sont mécontents s’ils jugent qu’un autre moins méritoire est mieux payé. Comment le PDG d’une société industrielle aux dizaines de milliers d’employés mettant en marché des produits innovateurs et utiles pour la société peut-il ne pas ressentir un certain malaise, une envie larvée envers les rémunérations très supérieures à la sienne que reçoivent les opérateurs financiers de tout acabit pour leurs spéculations, tractations et manigances.

Et ainsi, un cercle vicieux d’inflation des rémunérations commença à tourner en fin des années 1980 pour aboutir au résultat actuel, scandaleux et apparemment irréversible.

Projet de loi 63 sur les sociétés par actions : Mémoire de l’IGOPP

Selon l’IGOPP, le projet de réforme de la loi sur les sociétés par actions représente un grand pas en avant. Il a le mérite de moderniser notre droit des entreprises et de clarifier des aspects obscurs du présent régime juridique. Le projet propose également des innovations utiles. Toutefois, certaines modifications au projet le rendraient plus susceptible de faire du Québec un lieu de choix pour établir la résidence juridique des sociétés par actions.

Projet de loi 63 sur les sociétés par actions

Selon l’IGOPP, le projet de réforme de la loi sur les sociétés par actions représente un grand pas en avant. Il a le mérite de moderniser notre droit des entreprises et de clarifier des aspects obscurs du présent régime juridique. Le projet propose également des innovations utiles. Toutefois, certaines modifications au projet le rendraient plus susceptible de faire du Québec un lieu de choix pour établir la résidence juridique des sociétés par actions.