24 mars 2021

Les largesses de Québec, une belle aubaine pour les dirigeants d’Investissement Québec

Les aides de l’État au privé pourraient indirectement engraisser leurs comptes de banque.

Sylvain Larocque | Journal de Montréal

L’aide aux entreprises attribuée par le ministère de l’Économie et de l’Innovation (MEI) de Pierre Fitzgibbon pourrait gonfler les bonis versés aux grands patrons d’Investissement Québec (IQ).

Le PDG d’Investissement Québec, Guy LeBlanc, a indiqué au Journal, la semaine dernière, que « dans certains cas », les prêts, investissements et subventions effectués par le Fonds du développement économique (FDE), une entité du MEI, allaient être pris en compte dans le calcul des primes de rendement des hauts dirigeants de la société d’État.

En vertu du nouveau Régime d’intéressement à long terme d’IQ, qui vient d’être approuvé par Québec, la rémunération du PDG pourrait désormais atteindre 1,1 million $, contre 500 000 $ actuellement, tandis que celle des premiers vice-présidents exécutifs pourrait s’élever à 1 million $.

« Notre rémunération est [en partie liée à] l’impact sur le développement économique du Québec. […] Il y a quand même des membres de notre équipe de financement spécialisé qui préparent les dossiers. Ce sont eux qui trouvent des solutions financières extrêmement complexes. Ça prend une expertise en financement », a déclaré M. LeBlanc.

IQ s’occupe de la gestion des interventions financières du FDE, mais le risque financier de celles-ci, parfois important, est assumé directement par le gouvernement.

Moins de rigueur ?

« Dans la mesure où Investissement Québec ne porte pas tout le blâme des conséquences des décisions [liées aux interventions du FDE], ça pourrait amener les gens [d’IQ] à être un peu moins rigoureux qu’ils l’auraient été avec les fonds propres d’IQ », souligne Michel Magnan, titulaire de la Chaire en gouvernance Jarislowsky de l’Université Concordia.

L’an dernier, Investissement Québec a réalisé des interventions d’une valeur de 1,5 milliard $ à même ses fonds propres et de 884 millions $ grâce au FDE.

« La grande inquiétude, c’est qu’Investissement Québec devienne une banque. […] On ne veut pas créer une sorte de culture, à l’interne, qui serait contraire à ce que l’on souhaite mettre en place pour le développement économique du Québec », note François Dauphin, PDG de l’Institut sur la gouvernance.

Luc Bernier, titulaire de la Chaire Jarislowsky sur la gestion dans le secteur public à l’Université d’Ottawa, trouve inacceptable la bonification du programme de bonis des grands patrons d’IQ.

« S’ils veulent devenir millionnaires, ils peuvent aller dans le secteur privé, lance-t-il. Dans une société d’État, il faut qu’il y ait des barèmes qui se rapprochent plus de ceux du reste du secteur public. »

Plus que les sous-ministres

M. Bernier déplore que la rémunération de plusieurs dirigeants de sociétés d’État dépasse substantiellement celle des hauts fonctionnaires. Par exemple, le sous-ministre aux Finances, Pierre Côté, gagne environ 300 000 $ par année.

Notons par ailleurs que les dirigeants d’IQ ont droit à un régime de retraite plus généreux que celui du gouvernement et que certains d’entre eux conservent leur sécurité d’emploi de la fonction publique.

Il y a deux ans, la vérificatrice générale avait jugé que les cibles établies par Investissement Québec pour le versement des primes de rendement étaient trop faciles à atteindre. De plus, elle n’avait « noté aucun enjeu observable de rétention des hauts dirigeants ».

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